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 [14 Bellune 1096] Elle est inévitable

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Je suis : Alera Vaelken, cueilleuse, résidente de Lackness Voir le profil de l'utilisateur
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Cris Ortega, puzzle-art, retouché avec amour par Zhilla/Ilclaste

État d'Advictâme :
État éveillé

Informations sur le personnage :
→ Orpheline de base, ne reste que sa mère adoptive
→ La Louve est son surnom d'enfance à l'orphelinat, mais aussi le nom du vide qu'elle ressent constamment et qui la dévore
→ Cueilleuse itinérante
→ Don : Bond Spontané (capacité qui lui permet de s'évaporer et de s'éloigner d'une zone dangereuse sous le coup de l'émotion - essentiellement la peur. Peut être assimilée à de la téléportation)
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Inventaire de dés :
➔Dés d'éveillé : 7 [10 max]
➔Passage à la Transcendance : 1 [6 max]
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388


MessageSujet: [14 Bellune 1096] Elle est inévitable   Dim 1 Juil - 11:06

Elle est inévitable - Conversation du 14 Bellune 1096, retranscrite.



- Projettes-tu toujours de t’en aller ? demandait Lore, après avoir jeté son oreiller en tête de lit et de s’y enfoncer confortablement.

Lore Lorandal était le genre de jeune fille très curieuse et regardée de travers par tout le monde pour sa dégaine peu féminine, et son comportement étrange. Les cheveux courts qu’elle prenait soin de couper elle-même encadraient un visage pourtant bien dessiné, et adorablement poupin, personne n’aurait pu dire qu’elle avait dépassé la vingtaine d’années. Alera l’avait toujours bien aimée. Elle était aussi franche qu’elle pouvait être inflexible. Dès leur plus jeune âge, les deux fillettes s’étaient liées d’une amitié curieuse, que les adultes ne comprenaient pas toujours. Aujourd’hui, elles avaient bien grandi, et pour Alera, Lore était ce qui se rapprochait le plus d’une meilleure amie.

La jeune Vaelken hocha silencieusement la tête, pour toute réponse. La pluie battait contre les volets de la chambre, tandis qu’Alera s’enfonça également sous les draps, sans avoir toutefois l’intention de dormir.
Dans la pénombre, elle observa attentivement son amie et lui sourit. C’était elle qui lui avait donné l’envie, à l’époque, de postuler pour devenir Lame de Saphir. Lore l’avait même entrainée à manier une fourche dans l’étable voisine. Quel bon moment. Il y en avait eu tant d’autres, et ce soir, était probablement le dernier qu’elle pouvait passer en sa compagnie. Alera était décidée, elle allait quitter le cocon familial. Elle n’en pouvait plus de cette passivité qui la dévorait, et de l’amour étouffant d’Ebelline.

- Si je veux un avenir, intervint-elle après un moment, je n’ai pas le choix. J’espère que tu ne m’en veux pas.

Lore s’était alors jetée sur elle, enfermant ses mains dans les siennes.

- J’espère que tu plaisantes ! Depuis le temps que je te pousse à t’activer ! Si seulement je pouvais m’autoriser à faire la même chose …

Et un silence grave retomba. Les deux jeunes filles étaient conscientes de la situation pour la famille Lorandal, et Alera se sentit presque coupable de s’en aller vivre des aventures, sans elle.
La belle rousse contempla intensément le plafond. C’était sa dernière nuit dans cette chambre, et elle était heureuse de partager ce moment avec son amie. Elle apaisait son angoisse qui grandissait, à mesure que le grand jour arrivait.

Lore. Sa toute première véritable amie. Il n’y avait rien qu’elle ne puisse lui refuser, et Alera constata avec horreur qu’elle ne l’avait jamais vraiment remerciée. S’enfermant dans d’intenses réflexions, elle s’étonna ne pas y avoir pensé plus tôt. Elle avait toujours été là, présente et compréhensive. Elle l’avait consolé lorsqu’on lui avait annoncé la mauvaise nouvelle de la perte de son père d’adoption. Dans tous les moments angoissants, ou effrayants, Lore Lorandal avait été son refuge, son hâvre de paix. Il fallait qu’elle sache à quel point elle comptait pour elle.

- Tu sais qu’avant mes quatorze ans, je ne connaissais pas vraiment ma date de naissance ? Je ne te l’ai jamais dit, mais on ne m’a pas déposée à l’orphelinat, on m’a trouvée dans des bois. Nul ne savait vraiment quand j’étais née. Je me souviens, quelques mois avant le pèlerinage, mes parents étaient toujours angoissés, nerveux, et parfois, je surprenais leur regard curieux en ma direction, ou bien, je subissais des interrogatoires sur mes rêves. Je pense qu’ils ne m’ont jamais autant fait peur, ah ah. Et puis, comme tu l’imagines, est arrivée cette obsession pour l’Arche. Le Grand Appel. Et là, tout devint clair. C’est Ebelline qui m’a accompagnée durant mon pèlerinage.

Alera rit nerveusement en repensant à un détail.

- La première nuit, elle était tellement gauche ! Elle savait ce qu’il fallait faire, établir un campement, allumer un feu, … Tu vois Ebelline, celle qui n’a jamais vraiment levé le petit doigt … Elle s’est acharnée pendant des heures à allumer un feu, avec du bois mouillé. Maudissant mon père ne pas avoir été là pour m’accompagner lui-même, elle a envoyé valser les pierres qu’elle utilisait dans les sous-bois avant de bouder comme une enfant. C’était tellement drôle ! Enfin, jusqu’à ce que le froid de la nuit nous mordre et que nous comprenions qu’il fallait impérativement nous réchauffer avec ce fichu feu ! C’est comme ça que j’ai mis en application tes conseils, tu te souviens ? Tu m’avais dit que toute bonne Lame de Saphir devait avoir cette compétence. Le bon temps ! Ebelline était si fière de moi pour nous avoir fait le feu… Puis en quelques jours, nous étions devant l’Arche. J’avais des cernes qui me creusaient le visage, tant je n’avais pas dormi. J’étais excitée, effrayée, comme tout enfant qui s’apprête à recevoir sa pierre de vie. Et puis, je voyais sans cesse cette Arche dès que je fermais les yeux … Un cauchemar, tu es d’accord avec moi ? Mais une fois devant, une fois que je me tenais en bas des courts escaliers qui y menaient, cette structure était bien plus magnifique que toutes les images que je m’en étais faites, ou qui s’étaient imposées à moi, dans mes songes ! Si brillante, si attirante, si pleine de mystères … sa contemplation a même apaisé une partie de mes craintes.
- Comment tu as su que tu pouvais passer, si tu ignorais le jour exact de ta naissance ? questionna Lore, désormais allongée sur le ventre, la tête tournée vers son interlocutrice.

Alera sourit. Elle se souvenait d’avoir posé la même question à Ebelline, une fois qu’elle s’était rendue compte que, pour elle, son anniversaire n’arriverait que plusieurs semaines plus tard.

- “Ne t’en fais pas, tu le sauras”, m’a répondu Ebelline. Autant te dire que ça me faisait une belle jambe ! Mais elle avait raison, le lendemain matin, je fus tirée d’une nuit sans réel sommeil par un rayon du soleil qui se répercutait sur la pierre de l’arche. Je ne savais pas pourquoi, mais il me semblait entendre des appels dans cette lumière. Quelque chose en fond de moi m’intimait l’ordre d’avancer, et c’est ce que mon corps a fait. Un pied après l’autre, j’avançais vers l’arche, les yeux fixés de l’autre côté. Malgré que mes parents m’avaient garanti que rien de mal pourrait m’arriver, je me souvenais qu’une petite Lore m’avait mentionné que parfois, des enfants n’en ressortaient jamais … - Alera lui lança rapidement un regard furieux -  et par Naâme, c’était tout ce dont j’étais capable de penser alors que je poursuivais ma progression. Mon coeur battait la chamade, à un rythme fou, horrifiée à la pensée que je pouvais ne jamais revenir. Je ne t’ai jamais autant maudit que cette fois-là. Malgré ces battements qui résonnaient à mes oreilles, je parvenais tout de même à entendre les oiseaux qui pépiaient joyeusement de bon matin, ou encore les ronflements d’Ebelline. Et puis, le vide. Mes pieds m’avaient guidée jusque-là, et m’avaient faite traverser sans que je n’en commande rien. Plus aucun son, plus d’odeur, plus rien. Je voulais faire demi-tour, ou même crier, mais mon corps tout entier était paralysé. Il n’y avait plus que moi.

Alera savait que, normalement, elle aurait du s’arrêter là, et aux yeux de Lore, elle pensait la même chose. Mais elle était décidée à lui confier cette expérience. Elle était décidée à lui gratifier de cette confession très intime, de l’honorer en lui faisant comprendre à quel point elles étaient proches, et combien elle l’estimait. Aussi, elle respira profondément, le rose aux joues, et poursuivit son récit.

- Quelques longues minutes, je me sentais à peu près bien. Pas même apeurée, c’était comme si toutes mes émotions s’étaient évaporées. Puis, La Louve s’éveilla. Tu sais, je t’en ai vaguement parlé, un jour. C’est cette absence, ce vide que j’éprouve, ce manque qui me fait me sentir incomplète. Il n’y avait plus qu’elle qui s’étirait d’un sommeil trop long, et qui se mettait à hurler à la lune. Je n’avais plus que cette sensation à l’esprit. Soudain, j’ai entendu un pleur, un cri de nouveau-né. Il piaillait si fort, j’en avais mal au coeur ! Là, mon corps a enfin décidé de m’obéir et je me suis mise à courir, courir, courir ! Je tâchais de suivre ces pleurs, jusqu’à ce qu’enfin, je me retrouve face à un petit être emmailloté, chétif et abandonné dans le vide de l’Autre Monde, une étrange et douce lumière le baignant. Je m’accroupis pour le prendre et c’est là qu’il a ouvert les yeux. Ces yeux. Ces yeux, Lore ! Pâles, jaunâtres … Je me reconnus instantanément. Tout se succéda alors. Des images, des séquences de ma vie qui défilaient devant moi. J’étais accroupie derrière un meuble de l’orphelinat, pleurant. Ou bien, je me baladais seule, avec pour compagnie mes réflexions et mes rêves. Ou encore ces instants en famille où tout le monde riait sauf moi. Tous ces souvenirs avaient quelque chose en commun : il s’agissait d’instants où je laissais parler La Louve, où elle hurlait pour se faire entendre et prenait le pas sur moi. Je ne me sentais pas bien, je me sentais seule, je me sentais vide. A peine ce constat imposé à ma conscience, le défilement de souvenirs s’arrêta sur une vision très curieuse : une jeune femme, rousse, portant le même bracelet de bras que moi, cadeau pour mes dix-huit ans, qui souriait. Mais ce sourire, Lore ...ce sourire ! Il n’était pas feint, il était vrai, il était sincère, il était … heureux. Je me contemplais, des années plus tard. J’étais en paix. Plus de louve, plus de vide. Juste, moi. Ces images se brouillèrent, alors que je tentais désespérément de les rattraper du bout de doigts : je compris que malgré moi, le bonheur d’être libérée de mes tourments m’avait poussée à pleurer. Je voulais déjà y être, je voulais être cette adulte qui ne souciait plus de rien, qui connaissait déjà les réponses à mes questions. “La vie est une unique et longue route parsemée de questions, d’embûches et de souffrance. Elle est inévitable.” Ce sont les mots que j’ai entendu résonner, encore et encore. Ils se couplèrent à de multiples appels de mon prénom provenant de derrière moi, et lorsque je les suivis, c’était pour découvrir un halo de lumière flottante, et ma pierre de vie. En m’en saississant, je fus frappée par la réalité. L’odeur des bois, le chant des oiseaux, les ronflements d’Ebelline, l’arche ...vide, derrière moi.

Alera fit une pause à la fin de son récit. Son dos était en sueur: c’était la première fois qu’elle narrait cette expérience, et elle craignait maintenant la réaction de son amie. Mais Lore continuait de l’observer, les yeux fixes, dans un silence presque religieux, avant de s’approcher et de prendre la rouquine dans ses bras. La jeune femme alors, heureuse de se sentir comprise, fondit en larmes. A ce simple contact, cette reconnaissance partagée, elle mesura enfin toute la douleur que leur séparation allait lui causer. Entre deux reniflements qui ne provenaient pas d’Alera, elle entendit un murmure étouffé par ses propres cheveux.

- Tu as intérêt à m’écrire dès que tu le peux, ou je te jure que cette louve ne sera plus un problème face à ma colère !

Les deux jeunes filles s’enlacèrent un moment, pleurant de leur saoul jusqu’à ce que la fatigue les emporte, et qu’Alera parvienne à trouver les mots qui, demain, allaient pouvoir la libérer de l’amour maternel excessif.

Information lancers de dés : Information hors-RP :
Rien à signaler sur mes lancers de dés
Rien à signaler sur le hors-RP
 
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