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 [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps

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MessageSujet: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Ven 6 Juil - 23:00

Le 3 Allune 1100 à Mornepierre (bord de la chaîne des Alles), place du village


L'on n'avait jamais vu un informateur aussi performant que Xenos Stelar. Une lettre marquée du tampon de l'Académie, et l'homme se mettait à la recherche du moindre renseignement pouvant se révéler utile dans une enquête historique sur les Temps Oubliés. Sans compter les quelques pièces qui avaient délaissé la bourse de Daud, mais cela relevait du détail... Le chercheur était particulièrement enthousiaste, car le nom que lui avait confié Stelar semblait fiable. Davantage que les précédents en tout cas – de vulgaires charlatans prétendant connaître l'impossible. L'un d'eux avait même créé une preuve de toute pièce en espérant tromper sa vigilance ! Par chance, Daud était assez méticuleux pour reconnaître une supercherie aussi grossière. Pour qui le prenaient-ils ? Un débutant ? L'enjeu était assez important pour faire preuve de prudence, même excessive.

Aussi, lorsque Stelar lui avait parlé de ce conteur, exerçant, dans un village au sud du Gravorn, Daud s'était efforcé de cacher sa joie.

« C'est un homme très fiable ! avait protesté Stelar. Vous ne trouverez pas d'histoire plus vraie que la sienne ! Ses contes tout ce qu'il y a de plus convenable !
– Je crois que vous n'avez pas tout compris à la méthodologie des sciences humaines, monsieur Stelar… » avait fait Daud d'un air peu convaincu.
– C'est vrai, j'ignorais que les historiens étaient à ce point désespérés qu'ils affichaient des petites annonces dans les boulangeries pour recueillir des sources. »

Comme Stelar n'avait pas tout à fait tort, Daud s'était contenté de grommeler avant de le payer. Puis il s'était mis en route pour Mornepierre, la bourgade où cet homme si respectable racontait ses vieilles légendes.

C'avait été un voyage sans histoire – celles-ci attendaient sans doute de rencontrer le conteur pour se montrer. Il lui fallut un peu plus de six jours pour arriver à destination. Ce fut un périple fort solitaire : en-dehors de sa monture, Daud n'avait guère de compagnie avec qui parler. Et Filip, le brave cheval qu'on lui avait loué à Albatra, n'était pas très bavard. La location d'une monture sur une si longue durée était onéreuse, et il n'aurait jamais pu se le permettre sans le soutien financier de l'Académie, qui couvrait ses frais de déplacement.

Tous deux, cavalier comme destrier, furent soulagés en apercevant les toitures du village après avoir gravi une dernière colline. Mais leur déception fut de taille : Mornepierre n'était pas un endroit très intéressant. Son nom lui allait comme un gant – baptême malheureux, ou surnom tardif des plus appropriés ? La question resta en suspens tandis qu'ils traversaient le bourg à la recherche d'une auberge où passer la nuit.

Avant de le quitter, Stelar avait précisé que le conteur apparaissait souvent les jours de marché pour partager ses histoires avec un plus large public. Par chance, Daud n'eut à patienter qu'un jour de plus dans cette ville si ennuyante, ce qui lui parut quand même une éternité. Le jeune homme se leva à l'aube et arpenta la place où se tenait le marché, scrutant le visage du moindre passant, espérant y reconnaître la description que lui avait faite Stelar : « un homme de grande taille, à la peau brune, aux yeux verts, portant souvent quelques livres de contes sous son bras ». Pour l'heure, aucun conteur en vue. Daud guettait également un quelconque attroupement, se disant qu'en raison de la renommée du narrateur, son public l'attendrait certainement de pied ferme.

Il tourna en rond une heure, deux heures… jusqu'à connaître la disposition des étals par coeur. Soit il était en avance – ou le conteur en retard, soit ce dernier ne ferait pas son apparition aujourd'hui. Daud alla jusqu'à interroger les marchands, qui hélas ne lui apprirent pas grand chose : le conteur se nommait Al, juste Al, et possédait un sourire qui ravissait le coeur des dames en un claquement de doigt. Daud n'avait pas spécialement besoin de ce genre de détail, et il interrompit vite sa petite enquête. Alors que midi approchait, l'historien allait rentrer à l'auberge, résigné à l'idée de ne pas croiser son conteur aujourd'hui.

Il tourna les talons subitement et se retrouva nez à nez avec un inconnu, à deux doigts de lui rentrer dedans. Celui-ci n'avait malheureusement ni la peau brune ni un sourire ravageur, mais quelque chose dans son visage lui semblait familier. Daud fondit aussitôt en excuses :

« Oh ! Je vous demande pardon monsieur ! Je suis d'une rare maladresse. »

Il s'apprêtait à le saluer et passer son chemin, mais un détail retint son attention. Un certain regard assombri par des cernes, dans lequel brillait toutefois une vive intelligence. Fronçant les sourcils, Daud ajouta :

« Excusez-moi… on ne se serait pas déjà vus quelque part ? Parce que j'aurais juré que... »

Tout lui revint tout à coup. Rare exploit, car Daud n'avait pas pour habitude de se rappeler les visages. Encore moins quand ceux-ci n'étaient pas ceux des proches. Mais ce regard à la fois maladif et passionné ne pouvait le tromper, et maintenant qu'il y faisait attention, le nez de l'inconnu était identique, de même que l'implantation de ses cheveux – bien que leur couleur ait changé. Daud se remémora la conversation qu'il avait eu dans son bureau à l'Académie avec l'adolescent – maintenant un jeune homme ! Un garçon beaucoup trop passionné, qu'il avait tenté de mettre en garde contre ses propres jugements trop hâtifs, et peu scientifiques. Il avait son nom sur le bout de la langue. Quelque chose avec un chien… non, un rapport avec la forêt… un loup ?

« Ca risque de paraître un peu fou, mais… vous n'étiez pas l'apprenti de Madame Clair ? L'érudite ? Rehan… Rehan Renard ! Ca pour une surprise ! » s'exclama-t-il, satisfait d'avoir retrouvé le fil de ses souvenirs.

Information lancers de dés : Information hors-RP :
Rien à signaler sur mes lancers de dés
Je le précise ici, mais Daud ignore tout des conditions du renvoi de Rehan. Il ne sait même pas qu'il a quitté l'Académie à vrai dire, la nouvelle ne lui est parvenue (ou il n'y a pas fait attention) !


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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Lun 9 Juil - 12:00

3 Allune 1100
Village de Mornepierre, chaîne des Alles.
Frontière sud du Gavorn

Au mois de Lollune, Lackness se paraît généralement de ses plus beaux atouts et ses milles lueurs miroitaient magnifiquement dans les eaux du lac. Un spectacle féerique que la plus part des personnes vivants, ou visitant la ville à cette époque de l'été, appréciait grandement... D'ailleurs, les villageois jouaient eux aussi le jeu, ornant leur maisons de guirlandes de houx, de gui, utilisant pommes de pin peintes de toutes les couleurs et autres décorations fabriquées en terre cuite puis peintes, sans oublier de mettre à leurs fenêtres des bougies, elles aussi multicolores, qui accompagne le passant de leur douce lueur.

Mais les bougies les plus importantes étaient elle allumées au cœur de la maison, une à une, à l'aube du dernier jours de l'année, lorsque la course du soleil l'avait amené à son point culminant et enfin, au crépuscule... Rehan adorait cette tradition, avec Alegra ils préféraient la dernière bougie, celle qui annonce la nuit et les festivités. Ils s'étaient même inventé leur propre tradition.

S’installant avec le candélabre tricéphale, dont les deux premières bougies étaient allumées, près de la fenêtre ouest de la maison, ils surveillaient la course du soleil. Craquant leur allumette au tout dernier moment, ils n'allumaient la bougie qu'au moment même où la sphère orangée disparaissait à l'horizon. Les derniers rayons se mêlaient alors à la lueur vacillantes des chandelles et Alegra ramenait le candélabre au cœur de la maison, Rehan étant trop petit pour porter l'objet...

L'homme d'aujourd'hui se souvenait des six fêtes du Renouveau qu'il avait partagé avec sa grande-sœur. Six incroyables moments gravés à tout jamais dans sa mémoire, avec le sourire et le rire d'Alegra. Six souvenirs tellement beaux, tellement emplis d'amour, de joies, entourés de leur deux parents, que depuis la disparition d'Alegra, plus encore depuis le suicide de leur mère, Rehan n'avait plus jamais fêté le Renouveau. Et depuis quelques années, même ses réminiscences joyeuses n'étaient pas assez fortes pour contrer les intenses émotions négatives qui s'emparaient de lui. Alors il fuyait.

Cela faisait quelques années déjà, qu'à l'approche de la fin de l'année, Rehan se dirigeaient inconsciemment vers les montagnes. Avant même qu'une quelconque pensées noire ne lui traverse l'esprit, il s'était mis en route vers l'une des deux chaînes montagneuses qui créaient la frontière naturelle au nord du duché du Creux-Lac. Comme l'Arche l'avait fait quelques années plus tôt, les montagnes, et plus précisément leur grottes, attiraient Rehan  tout comme le nord attirait l'aiguille d'une boussole. Fuyant la fête et la joie qui en émanait, le jeune homme dont la pierre de vie avait doté d'un pouvoir qu'il haïssait, voulait se trouver le plus loin possible des populations à cette époques de l'année.

Le 25 lollune il avait donc quitté le petit village proche du lac Prospère où il s'était établi depuis quelques jours et s'était dirigé vers la chaînes des Halles. Au bout de trois jours il avait fini par trouver une caverne, à flanc de montagne, où il pourrait séjourner quelques jours et y faire un feu sans être repéré. La fête du Renouveau été passée, et avec elle les idées noires de Rehan. Il ne pouvait pas affirmer que sa dépression était totalement passées mais, les gargouillis de son ventre aidant, puisqu'il avait épuisé ses réserves, il fallait au moins qu'il descende au village le plus proche pour faire le plein de nourriture et remonter dans sa grotte pour y terminer sa « pénitence »...

Mornepierre était comme son nom le présupposait, grise et terne. Rehan ne fut pas étonné lorsqu'il comprit qu'il avait descendu la montagne côté Gavorn, et s'enfonça dans le village à la recherche de la place du marché. Il faisait plutôt beau, le chant des oiseaux accompagnaient ses pas et le printemps faisait éclore les fleurs des arbres et des plantes.

Alors qu'il regardait les étales, cherchant un fromager ou un charcutier, la personne qui marchait devant lui fit volte-face si brusquement qu'ils manquèrent de se percuter. Il s'apprêtait à lâcher un « héla ! » de surprise mais son vis-à-vis fut plus rapide que lui. S'arrêtant net, Rehan se mit à fixer l'inconnu qui n'en était pas un, alors qu'à la seconde où il avait entendu sa voix, son cœur s'était mis à battre la chamade dans une montée d'angoisse telle qu'elle l'avait laissé totalement incapable de bouger face à celui qu'il avait reconnu comme étant Daud Emerat. L'historien plus loquace qu'une pie dont les informations lui avait été d'une précieuses aide lorsqu'il était adolescent.

Complètement immobile, Rehan fixait son vis-à-vis, priant inconsciemment que celui-ci ne le reconnaisse pas, suivant de ses yeux clairs les mouvements du corps de l'académicien qui semblait partir mais qui se ravisa au dernier moment.

Pris d'une nouvelle montée d'angoisse encore plus terrible que la première, Rehan senti une chaleur immense remonter de sa poitrine à son visage, en passant par sa gorge qui se serra comme un étau.

- Oui, non ! Ce n'est pas moi, je suis Alissair Rehan, heu, Azurin Alissair ! Je ne connais pas Augustine Clair, bonne journée monsieur...!

Il voulu reprendre sa route, il voulu fuir ce bout de son passé auquel il ne voulait plus avoir affaire, par peur des représailles... Mais au moment où il mit un pas devant l'autre pour partir, il se rendit compte qu'il s'était vendu en quelques mots à peine.

S'immobilisant alors de nouveau, il tourna lentement son regard vers celui de son, en vérité, collègue.

- Je vous en prie Daud, ne m'appelez plus Rehan Renard en publique, chuchota-t-il en fixant son vis-à-vis droit dans les yeux je suis Azurin Alissair maintenant.

Ah quoi bon fuir... L'homme l'avait reconnu et à la réflexion, mieux valait faire face plutôt que de risquer que des rumeurs à son encontre reviennent en Marvier et finisse par le trahir. Rehan estimait en effet que Daud Emerat était un homme intelligent en mesure de garder un secret.

Du moins, il l'espérait fortement...


Informations hors-RP : il n'a pas été renvoyé, il s'est enfuit Wink Mais Daud peut le penser =D

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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Jeu 12 Juil - 21:10

Le 3 Allune 1100 à Mornepierre (bord de la chaîne des Alles), place du village

Si Daud était d'une logique imparable, son esprit méticuleux peinait toutefois à distinguer le vrai du faux dans le discours de ses pairs. Là où il savait reconnaître la moindre incohérence, le mensonge constituait un véritable mystère qui le gardait encore en échec. Ceux qui s'adressaient à l'historien n'avaient aucune peine à lui faire gober les plus grosses salades.

Aussi, Rehan n'aurait-il pas eu à fournir beaucoup d'effort pour le convaincre qu'il faisait erreur. Mais si Daud était d'une crédulité terrifiante, Rehan était encore plus mauvais menteur. Azurin Alissair, vraiment ? Qui espérait-il duper de la sorte ? Daud fronça les sourcil, se demandant ce qui était le plus vexant : savoir qu'il aurait très bien pu tomber dans le panneau si la prestation de Rehan avait été plus convaincante, ou que ce dernier ait espéré qu'il se laisse convaincre aussi facilement.

De toute évidence, le jeune Rehan était assez lucide pour s'apercevoir que Daud n'était pas assez stupide pour le croire sur parole. Il murmura quelques mots inquiets, si ce n'est paniqués, qui ne firent que renforcer la perplexité de l'historien. Pourquoi ce surnom ? Et surtout : pourquoi le garçon tenait-il tant à ce que sa véritable identité ne s'ébruite pas ? Tout cela était bien étrange. Et comme à chaque fois qu'un mystère se présentait à lui, Daud ne put résister à la tentation de l'élucider. Trouver la lumière du savoir à travers l'épaisseur de l'ignorance. Il se jeta dedans tête la première.

Plusieurs idées fusèrent très vite, ébauches de solution. Il en rejeta certaines. Garda les questions les plus pertinentes, bien qu'elles n'aient pas de réponse pour l'heure. Celles-ci viendraient en leur temps. Au jeu de la déduction il fallait se montrer patient.

Pour comprendre ce qui avait pu arriver à Rehan, Daud chercha tout d'abord à se rappeler à quand remontait leur dernière rencontre. Comme il ne put s'en remémorer aucune depuis leur entretien à son bureau, il se demanda s'il ne l'avait pas aperçu dans un couloir de l'Académie. Quelques fois, et de très loin, sans y prêter attention, mais pas depuis plusieurs années toutefois. Il pouvait y avoir plusieurs raisons à cela : des déplacements fréquents, un mauvais timing, un déficit de l'attention… les possibilités étaient nombreuses. De même, Daud ne se rappelait pas avoir entendu parler de Rehan entre temps. Ou peut-être n'avait-il tout simplement pas prêté garde à ce que disaient les autres érudits ?...

Comme cela ne l'aidait pas, le jeune homme se demanda ce qui pouvait pousser Rehan à changer d'identité. Ce n'était pas quelque chose que l'on faisait par hasard : rien, si ce n'est un besoin vital, ne motivait un tel changement. Pour reconstruire une vie loin de souvenirs ou d'attaches douloureuses… ou pour échapper à une menace ? A moins qu'il soit la menace ?... Mais peut-être avait-il trop lu de contes d'aventure ces derniers temps !...

Comme le jeune garçon le fixait d'un air implorant, Daud tapota son épaule avec maladresse. Ce gaillard ne pouvait sans doute pas être bien dangereux ! Comme sa décision était prise, il ajouta sur un ton naturel :

« Azurin, hein ? Et bien, Azurin ce sera. »

Mais Daud ne pouvait se résoudre à si peu. Il lui fallait des réponses. Et puisqu'il avait trop peu d'indices pour percer ce mystère à jour, peut-être que Rehan accepterait de lui donner au moins quelques pistes ?

« Cher jeune monsieur Alissair, il semble qu'un bout de temps se soit écoulé depuis notre dernière rencontre ! Je ne serais pas contre échanger autour d'une bonne tasse de thé fumant si le coeur vous en dit. Comme au bon vieux temps », ajouta-t-il avec un sourire sincère, désignant une auberge et sa terrasse, à quelques pas de là.

« De plus, vous connaissez mon goût pour les histoires ! Et quelque chose me dit que vous en avez une bonne à me raconter. »

Comme il s'effaçait pour laisser le passage au jeune homme, Daud en profita pour réfléchir très vite. Si Rehan acceptait de lui livrer la raison de tout ce cirque, cela serait sans doute une grande marque de confiance de sa part. Etait-il vraiment prêt à endosser une telle responsabilité ? Et si le jeune homme lui avouait quelques méfaits, ou tout du moins quelques délits punissables ? Devait-il le dénoncer aux Lames de Saphir ? Ou bien devrait-il garder tout cela secret ? Qu'est-ce qui était le plus moral là-dedans ? Enfin… Rehan avait sans doute une bonne raison, et loin d'être criminelle qui plus est ! Du moins, Daud l'espérait fortement…

Ils s'installaient en terrasse quand une jeune serveuse vint aussitôt prendre leurs commandes. Daud l'interrogea sur les thés que la maison proposait, et finit par opter pour un thé à la bergamote. Son préféré. Comme la jeune femme repartait, l'historien s'agita sur sa chaise. Il sentait qu'il devait dire quelque chose pour détendre l'atmosphère. Rassurer Rehan, d'une manière ou d'une autre. Pour le mettre en confiance et obtenir des réponses à ses questions… ou par empathie ? Une chose était sûre : l'épais secret entourant cette surprenante nouvelle identité surpassait de loin l'hypothétique rencontre avec ce conteur introuvable ! Pour l'instant, du moins.

Daud se racla la gorge, mal à l'aise, et fit :

« Je ne suis pas très… doué, pour ça. Mais je veux que tu saches une chose, ma foi fort simple : je ne te veux aucun mal. A vrai dire, j'aurais très bien pu te croiser sans me retourner ni te reconnaître, et je suis sûr que tu aurais préféré cela à cette situation qui, je me doute, te cause du soucis. Je suis désolé de te mettre dans une situation si inconfortable, ce n'était pas mon intention : si j'avais su, j'aurais continué ma route. »

Il grimaça un sourire contrit et poursuivit :

« Mais nous sommes là, maintenant, et je n'ai aucune intention de te nuire. Tais-toi si tu le souhaites, garde tes secrets, je n'en prendrai pas ombrage. A force de fréquenter ces algébristes ennuyants, j'ai développé un certain talent pour le bavardage de société. Je serai ravi de parler de la pluie et du beau temps ! »

Il espérait toutefois ne pas avoir à en arriver là. Il n'y avait rien de plus barbant que parler du temps. Si encore cela traitait de météorologie au sens propre… qu'est-ce qu'on s'en fichait, qu'il fasse beau ? La pluie n'avait qu'un impact minime sur les vies des Trois-Lieuxtins !...

« Toutefois si d'aventure tu souhaitais profiter de ma présence pour parler de choses plus vraies, plus sérieuses, je suis tout à fait disposé à t'offrir une oreille attentive. Si ce n'est un ami, tu as devant toi un auditeur neutre et impartial… sans compter que tout cela est très mystérieux et que je meurs d'envie de connaître le fin mot de cette histoire », finit-il par avouer, jugeant cela plus honnête.


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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Ven 13 Juil - 14:56

3 Allune 1100
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Son cœur tambourinant à ses oreilles, le jeune homme sentait ses muscles se crisper à mesure que la panique montait en lui. Il n'avait jamais su expliquer comment ce sentiment réussissait à le submerger aussi facilement. C'était comme une marmite qui se mettait à bouillonner d'un coup au fond de son ventre et dont le contenu jaillissait comme déborde le lait trop longtemps sur le feu... Il regardait son vis-à-vis dans l'espoir crédule que le simple fait de le fixer, se concentrer sur un point allait faire baisser son angoisse. Mais il savait pourtant pertinemment que sa seule arme contre l'angoisse était la parole.

En déliant sa langue, en maîtrisant sa propre parole il concentrait son attention sur l'unique chose qu'il pouvait totalement contrôler en ce bas monde : les mots qui sortaient de sa bouche. Outre lorsqu'il buvait un peu trop, mais ça n’exacerbait que son humeur du moment, jamais encore il ne s'était trahit lui-même, fort heureusement... ! Quand bien même, il savait toujours ce qu'il disait et lorsqu'il sentait que quelque chose aurait pu lui échapper il préférait tout simplement se taire. Comme dit un vieux et lointain dicton « la parole est d'argent mais le silence est d'or »...

Quand bien même, il ressenti un bref soulagement, comme une goutte d'eau humecte les lèvres sèches d'un assoiffé, lorsque Daud appuya sa demande en l'appelant Azurin Alissair. Et lorsqu'il lui proposa d'aller s'attabler pour partager un thé, le jeune homme pensa que c'était une assez bonne idée... D'une part parce que boire quelques gorgées aiderait à desserrer l'étau invisible autour de sa gorge mais aussi parce que s'asseoir lui permettrait de retrouver ses esprits. Il avait toujours eu du mal à garder la station debout lorsque ça n'était pas pour marcher... Sans doute la faute à ses longues heures à étudier assit, il en avait pris l'habitude...

S'installant face à Daud, il se mit à détailler l'homme. Il était exactement le même qu'il y a sept ans, à ce que Rehan s'en souvenait. Le temps n'avait pas encore joué de son emprise sur l'homme et il arborait sa trentaine avec ses yeux verts toujours aussi pétillants. A l'inverse Rehan lui savait avoir énormément changé... Il avait grandit, s'était laissé pousser les cheveux, les avait teint et, dans un sens, était devenu un homme... Pourtant cela n'avait pas empêché l'historien de le reconnaître alors que durant ses dernières années à l'Académie Rehan n'avait fait que croisé son aîné. Ils n'avaient, à son grand damne, jamais eu l'occasion de se reparler en tête à tête comme cette fois où l'adolescent avait débarqué comme un drakalon piqué par une mouche dans le bureau du groupe de recherches dont faisait parti Daud. D'ailleurs il serait intéressant de converser à ce propos, en faisait-il toujours parti... ?

Rehan sentait déjà son angoisse reculer d'un pas et il pu sans problème répondre à la serveuse qui lui demanda ce qu'il voulait. Fort heureusement l'apothicaire du village n'était pas loin et elle pu aller quérir quelques feuille de mélisse et de camomille qu'elle laissa infuser dans le thé noir, apportant aussi le pot de miel demandé tandis que Daud, fidèle à ce que Rehan se souvenait de lui, parlait déjà avec fougue, empathie et curiosité. Le jeune homme ne pouvait aucunement être regardant quant au dernier point qui souvent était vu comme un défaut par la populace... Après tout, Daud savait qui il était exactement alors il ne pouvait qu'être surpris de le retrouver en ces lieux et en cette identité étrange et étrangère. Et puis il venait de lui jurer qu'il n'avait absolument pas l'intention de lui nuire, cela suffisait aux yeux du jeune homme.

Buvant une gorgée brûlante de son infusion, il toussa légèrement puis se racla la gorge, tentant de se donner contenance tandis que son angoisse bouillonnait toujours aux creux de son estomac.

- Non, je n'apprécie pas spécialement parler de la pluie et du beau temps, commença-t-il d'une voix légèrement ténue se sont des sujets futiles, on ne peut rien y changer alors pourquoi en parler ? ajouta-t-il d'une voix un peu plus claire

Lâchant un profond soupire qui lui fit rentrer les épaules, il les redéploya en se redressant et releva son regard bleu océan jusqu'à l'ancrer dans le vert sylvain de son homologue.

- Le fin mot de cette histoire... reprit-il en cillant Je ne le connais pas moi-même et je dois dire n'en ai pas hâte du tout... grimaça-t-il C'est une bien sale histoire à dire vrai, que j'ai du changer d'identité vous en dit bien assez à ce sujet... il avait murmuré la fin de sa phrase, ayant peur qu'on ne les écoute ou du moins les entendent Mais votre sollicitude me touche, soyez certain de mon intégrité, en tout cas morale, c'est bien ce qui a conduit à ma fuite...

Ses derniers mots s'étaient tus et il du reprendre une gorgée fumante de thé pour se remettre un peu d'aplomb.

Il n'avait jamais évoqué ces choses là avec quiconque. Les révéler ainsi était un exercice auquel il ne s'était pas préparé mais, quelque chose au fond de lui criait qu'il serait bon d'avoir un allié. Et puis qui de mieux d'un académicien de l'Ordre du Savoir ? N'étaient-ils pas réputés pour leur impartialité et leur goût du secret... ? Parce que oui, Rehan en avait toujours été persuadé, L'Ordre du Savoir ne dispensait absolument pas tout ce qu'il « savait », et bien des mystères y étaient cachés...

En tout cas, ce début de conversation avait eu le mérite d'atténuer fortement son angoisse. Bien que parler de ces événements bouleversant n'arrangeait en rien l'état d'humeur du jeune homme...

Il bu une seconde gorgée avant d'enfin reprendre la parole, ses yeux toujours fixés dans ceux de son vis-à-vis. Rehan avait toujours eu cette habitude, regarder droit dans les yeux son interlocuteur pouvait parfois révéler bien plus que les paroles échangées...

- … Je veux bien te raconter... il employa le « tu » sur le ton de la confidence, d'égal à égal Mais tu dois me promettre, sur ton honneur, sur ta broche de l'Ordre ou sur ce qui t'es le plus cher que tu ne devra jamais dire à quiconque que tu m'as rencontré... A part peut-être à mon père, il doit me croire mort depuis toutes ces années... Mais nous en reparlerons en temps voulu... Alors, tu promets... ?

Le ton de sa dernière phrase avait été plutôt abrupte et sec. Les prunelles azures c'étaient faites orageuses. On y lisait une détermination dur comme la pierre et une volonté de fer. Rehan fixait toujours Daud droit dans les yeux, bien décidé à y déceler toute trace d'une potentielle félonie...


de Information lancers de dés : mask Information hors-RP :
Je pense lancer les dés à un moment au court de notre RP, pour le 3ème don d'éveillé !
Selon si ça fonctionne ou pas je jouerais en suivant dans les lancés libres afin de déterminer la variabilité particulière de mon don. cf ma fiche
Je pourrais aussi en lancer un qui déterminera si la part de dépression extraite de Rehan s'accroche à Daud ou a un PNJ. Sauf si tu as envie que ça affecte Daud pour pimenter le jeu =)
Sinon je ne sais plus si c'est à toi ou Faol (ou à vous deux, je suis un poisson rouge...) que j'en ai parlé mais mieux vaut prévenir que guérir ! (enfin répéter en l’occurrence ^w^)
Mon rythme de RP va sacrément ralentir à partir de demain, ne t'attend pas à plus d'une réponse par semaine =)
Aussi prend ton temps, si tu es occupé IRL ou sur d'autres forum, ne te presse pas pour moi Wink
Je suis : Daud Emerat, historien et chercheur, itinérant Voir le profil de l'utilisateur
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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Mar 17 Juil - 17:03

Le 3 Allune 1100 à Mornepierre (bord de la chaîne des Alles), place du village

Bien qu'il ait proposé à Rehan d'éviter les sujets importants en échangeant des banalités, il devait avouer que cela lui aurait coûté beaucoup de passer à côté d'une discussion stimulante. Aussi fut-il soulagé et excité en entendant le jeune homme décliner sa proposition avec politesse. Au moins sur cela, ils étaient sur la même longueur d'ondes.

Rehan semblait en proie aux pires tourments. Sa haute taille était diminuée car il se tenait mal, courbant le dos comme pour échapper à ses problèmes. Pendant un instant fugitif, Daud put de nouveau voir en lui l'adolescent dégingandé et pâle qu'il avait rencontré autrefois. Mais le jeune homme n'avait plus rien du garçon curieux entrevu dans son bureau. Rehan était désormais un homme fait, et Daud ne fut pas étonné de le voir se redresser et lui renvoyer son regard. Il avait peur, c'était indéniable, mais même un aveugle aurait vu du courage brûler en lui. Assez fort pour lui éviter de perdre la tête.

En quelques mots, Rehan lui confirma ce qu'il savait déjà : seule une sale affaire, une très sale affaire pouvait le contraindre à prendre une nouvelle identité. Le fait que le jeune homme manifeste une telle inquiétude à l'idée de voir ses ennuis le rattraper était assez parlant pour ne pas prendre tout cela à la légère. Quand Rehan mentionna son intégrité morale, Daud ne put s'empêcher d'être soulagé. Au moins il n'aurait pas à prendre de décision délicate : c'était bien plus commode de bavarder avec quelqu'un qui n'avait rien de grave à se reprocher. Il n'y avait rien de plus désagréable que d'échanger avec une personne aux moeurs discutables ou à la conscience salie.

La conversation prit un tour bien plus grave lorsque Rehan posa une condition à sa vérité. Daud ne promettait jamais à la légère. Des images fugaces se formèrent devant ses yeux quand son interlocuteur mentionna les choses auxquelles il devait tenir le plus – ses recherches sur les Temps Oubliés, les mots réconfortants de Belaldur, le visage de Java, la cape que lui avait cousu sa mère… et sa broche de l'Ordre, évidemment. Cet accessoire si petit qui signifiait pourtant beaucoup. Qui le rattachait à quelque chose de grand et lui permettrait peut-être d'inscrire son nom dans l'histoire – ou du moins d'en percer les secrets. Tout cela était si mystérieux et théâtral ! Mais c'est d'un ton on ne peut plus sérieux que Daud formula sa réponse.

« Je te promets tout cela, et bien plus encore si cela peut t'assurer ma confiance. »

L'historien souffla sur son thé et balaya la place du regard sans vraiment la voir. Il cherchait ses mots, car dans ce genre de moment ceux-ci demandaient à être sélectionnés avec soin.

« Une fois encore, je ne suis pas ton ennemi. Je ne te veux aucun mal, et peu importe ce que tu me dis, tu as ma parole que je ne révélerai notre rencontre à personne. Je te le promets sur ce qui compte le plus à mes yeux : ma loyauté. »

Daud ramena ses yeux sur Rehan, qui le fixait avec fougue et défi. Un sourire en coin étira ses lèvres et il ajouta d'un ton plus léger, presque rieur :

« Allons ! Ne me regarde pas avec cet air là. Et ne me fais pas languir plus longtemps, jeune Azurin. Raconte-moi un peu ta vie. Cela sonne comme une aventure prometteuse à mes oreilles. »

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J'ai pas spécialement envie que Daud souffre le martyr tout de suite, donc ça m'arrange si tu touches un PNJ ^^ Après ça dépend de quel degré de mal être on parle ! Mais j'ai pas envie de lui faire vivre un truc dark dès le début.
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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Hier à 12:07

3 Allune 1100
Village de Mornepierre, chaîne des Alles.
Frontière sud du Gavorn


Une aventure prometteuse... En entendant ces mots Rehan ne put s'empêcher de lâcher un profond soupire, entre l'amusement et un profond sentiment de dépit. Daud avait sans doute voulu être encourageant mais c'était tout l'inverse qu'il avait produit.

Déjà prostré, tout tordu qu'il était vers son confident, il senti sur ses épaules un poids les affaisser encore plus. Alors que l'instant d'avant il espérait grandement que l'oreille attentive de l'historien puisse le soulager, au contraire, la masse venait de s'intensifier...

Inspirant profondément, Rehan ébroua sa tête, faisant frémir ses cheveux, comme un chien qui sort de l'eau et envoya valser ses pensées noires, les imaginant se fracasser, se briser contre les murs à l'intérieur de son crâne... Buvant une nouvelle gorgée du brûlant breuvage il se dit qu'il lui faudrait bien plus qu'une simple tisane, certes anxiolytique, pour lui donner assez de baume au cœur pour conter ses tourments. Il héla donc la serveuse qui était encore sur la terrasse.

- Apportez moi une demi-cruche d'eau de vie.
- D'accord, nous avons de l'eau de vie de poire, de mirabelle, de la gentiane, de l'alcool de pêche, cerise aussi, ah, nous avons une très bonne eau de vie de genévrier ! Le patron la fait tout spécialement venir d'une petite bourgade au sud du Creux-Lac, pas loin des ruines de Stito... Syti... Bref, les ruines là, vous voyez bien ! Il fait le déplacement une fois par an et en ramène cinq tonneaux ! Faut dire qu'elle est fameuse cette eau, c'est pas peu dire ! Et vous savez que...
- Parfait, mettez moi cette eau de vie alors, la coupa Rehan avec deux gobelets. compléta-t-il
- C'est deux lieutons le digestif au gobelet, si vous prenez une demi cruche ça fera...
- Mettez l'équivalent de quatre gobelets dans la cruche alors, merci. la coupa-t-il de nouveau, sur un ton un peu plus sec cette fois-ci

Après un bref hochement de tête, la serveuse repartie, laissant les deux hommes dont celui aux cheveux bleus s'était pris le visage entre les mains. Il lui fallait bien avouer qu'il ne s'était pas attendu à ce que la serveuse lui déblatère toute sa carte ! Il voulait juste un alcool un peu fort pour se donner du courage, pas se faire expliquer les différentes sortes d'eau de vie... De toute façon, quand il y pensait, il n'avait pas le palais assez fin pour faire la différence entre ces breuvages. Ça lui brûlait la langue et la gorge et agissait comme un décapant le long de son œsophage où la bile était en train d'insidieusement remonter, ce qui était extrêmement désagréable...

Se frottant les yeux, il les releva vers son acolyte et se força à sourire. Il n'était pas certain que Daud allait boire avec lui mais les convenances et la politesse voulait qu'il lui prenne aussi un gobelet... !

- Ce que je vais te raconter va peut-être te paraître idiot, peut-être vas tu penser que je n'aurais pas du réagir comme ça mais la vérité c'est que j'ai peur... commença-t-il, dénigrant ses propres paroles, comme à chaque fois qu'il était en phase dépressive et qu'il n'avait plus aucune estime de lui-même Je suis devenu un rat, fuyant le feu, fuyant le chat. Je ne sais pas quand il va me rattraper mais je sais qu'il me poursuit. Et c'est bien ce qui me terrifie... Parfois je prend même peur de ma propre ombre et quand je suis au plus bas, quand je me dis que ça ne sert plus à rien de vivre, je vais me terrer quelque part... Je fuis la civilisation, je fuis la compagnie des gens, je me fuis moi-même et me renferme avec ma maladie et mes pensées noires...

Il se mordit la lèvre et pris une nouvelle grande inspiration en fermant les yeux. Lorsqu'il les rouvrir la serveuse était de retour et Rehan lui arracha presque la cruche des mains, attrapant de l'autre un gobelet posé sur son plateau qu'il rempli à moitié et bu d'une traite sans piper mot.

Crispant ses paupières sous le feu liquide qui imprégnait sa bouche et sa gorge, il laissa échapper un petit couinement, son poignet, dont la main tenait le gobelet, pressé contre ses lèvres. Il resta ainsi quelques instants, assez longtemps en tout cas pour que la serveuse reparte sans demander son reste. Il posa alors le gobelet sur la table et le rempli de nouveau, mais sans le boire cette fois-ci. Relevant ses yeux légèrement embués de larmes sous le feu du breuvage, il les ancra dans les prunelles sylvines de son vis-à-vis.

- Tu connais ma propension à la religion, en particulier les actes des Dieux... Je me souviens que tu m'avais dit de ne surtout pas prêter agissements humains, encore moins la logique des terrestres, aux démiurges... Alors j'ai cherché d'autres moyens pour comprendre l'intangible. il fit une pause et bu une nouvelle gorgée d'eau de vie qui lui brûla derechef la gorge Je me suis donc intéressé à Kamaâl et notamment ses adorateurs... C'est là que je me suis brûlé les ailes... Si tant est que j'en ai jamais eu...

Portant sa main libre à l'arrière de son épaule, il crispa ses doigts sur sa peau, les y enfonçant presque, lui procurant une très légère douleur qui lui fit pincer les lèvres. Il avait lâché le regard vert et contemplait à présent le liquide transparent dans le gobelet en terre cuite, le faisant tourner entre ses doigts. Les fantômes de son passé étaient en train de défiler devant ses yeux et au fond de son ventre ses pensées sombres s'amusaient, sautant, frappant, chahutant comme des enfants terribles...


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Soit je lance à mon prochain poste soit à celui d'après Wink
PNJ ça sera alors ! C'est vraiment dark quand ça arrive, je comprend que tu ne veuilles pas, c'est pour ça que je t'en ai parlé =D
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MessageSujet: Re: [3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps   Hier à 17:43

Le 3 Allune 1100 à Mornepierre (bord de la chaîne des Alles), place du village

Une demie cruche d'eau de vie ? Daud ne put s'empêcher de froncer les sourcils face au besoin pressant de son interlocuteur. Il ne cautionnait pas le recours à l'alcool en cas de coup dur. Combien de fois sa mère lui avait-elle expliqué que seul un homme fondamentalement lâche trouvait le courage au fond d'une bouteille ? Sans doute était-ce pour cette raison que l'historien ne goûtait que peu aux boissons alcoolisées. Une bière avec Java ou un collègue de temps en temps, un bon grog lors des nuits d'hiver au chevet d'un Belaldur enrhumé, et voilà tout. L'alcool fort l'avait toujours un peu effrayé.

Rehan – ou plutôt Azurin – débuta son histoire en posant des mots sur ses peurs. Non : ses terreurs. Il ne devait s'agir de rien de moins qu'une panique tenace. Daud éprouva une vague d'empathie à l'égard du jeune homme. Il ne pouvait qu'imaginer combien mener une vie de fuite devait être difficile… si ce n'est destructeur. Rien d'étonnant à ce que son interlocuteur ait l'air si fatigué, s'il devait constamment surveiller par-dessus son épaule.

Daud regarda son compagnon s'enfiler un premier verre d'eau de vie avec un air réprobateur. Il ne pouvait tout simplement pas conserver un visage neutre : sa désapprobation se lisait dans son regard. Cela avait toujours été un problème. Par chance, il parvint à se retenir de faire le moindre commentaire. Rehan releva la tête, les yeux humides – à cause de son histoire, ses souvenirs, ou du goût fort de l'alcool ? Difficile à dire.

Poursuivant ses explications, Rehan mentionna leur rencontre à l'Académie. La mémoire de Daud, excellente, lui permettait de se rappeler du moindre détail de cette entrevue, au mot près. Il se rappela sans mal la curiosité du jeune homme, un adolescent à l'époque, et de son grand intérêt pour la religion. Prêt à élaborer mille et une théories hautes en couleurs pour percer à jour les intentions divines. Oui, il l'avait mis en garde contre les dérives d'une telle entreprise, mais à aucun moment Daud n'avait douté que le garçon cesserait d'être curieux. Une curiosité bien installée, et sincère, est toujours là pour durer. L'historien ne fut pas surpris d'apprendre que le jeune homme avait poursuivi ses recherches. Si Rehan lui avait posé la question à l'époque, il l'y aurait vivement encouragé.

Puis le nom de Kamaâl fut prononcé, et Daud comprit aussitôt de quel genre de problème il pouvait s'agir. Le visage de Rehan blêmit tandis qu'il se remémorait quelques souvenirs horribles, et il détourna les yeux, gêné… ou terrifié. Sa posture parlait pour lui. Comme le jeune homme s'interrompait, honteux ou inquiet, Daud tenta de l'aider un peu.

« Re… Azurin », se reprit-il très vite. « Qu'as-tu découvert ?... »

Les rouages de son esprit se mirent en branle très rapidement, lui fournissant une ébauche de réponse. Ce que Rehan avait découvert, ce n'était guère difficile de le deviner. Quoi de mieux pour apprendre à connaître un domaine inconnu que bénéficier de l'enseignement de ceux qui sont déjà initiés ? En l'occurrence les adorateurs de Kamaâl...

« Es-tu entré en contact avec des partisans du Maâlisme ? Est-ce que ce sont eux qui te causent du soucis ? Est-ce que...est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour t'aider ? »

Daud se doutait de la réponse que lui offrirait son interlocuteur concernant sa dernière question. Mais il y avait une telle détresse dans le regard de celui-ci, qu'il ne pouvait faire autrement que manifester sa sollicitude. Il avait de toute évidence sous-estimé le mal-être de Rehan et le danger qui pesait sur lui, et Daud regretta d'avoir été si léger plus tôt dans la conversation. S'il s'était douté que les choses seraient si graves, il aurait choisi ses mots avec davantage de précaution.


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[3 Allune 1100] Comme au bon vieux temps
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