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  [20 ALLUNE 1100] Les régiments sans tête

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MessageSujet: [20 ALLUNE 1100] Les régiments sans tête   Jeu 19 Juil - 17:41

Les régiments sans tête / 20 Allune 1100

Le printemps commence toujours de cette façon ; les sous-traitants négocient un salaire à la hausse et le chantier pâtit de la pression exercée de toute part. Il fait doux, mais Achille est d’une humeur maussade. Autour de lui, une dizaine de carriers se querellent à savoir combien de lieutons ajoutés à une paye hebdomadaire rend cette dernière raisonnable, s'obstinent sur des broutilles à propos de délais, de jours fériés et de procédures de transport pour la pierre. Avant qu’Achille n’arrive au campement, les ouvriers s’étaient, bien évidemment, déjà entendu sur les requêtes qu’ils allaient lui soumettre. D’ailleurs, en tant que Maître du chantier, et donc coordonateur de tous ces travailleurs pour le compte de son client, il n’avait pas été reçu avec la plus grande des chaleurs - les revendications avaient été sèches, et sans appel. Mais pour le vornois, ce n’est ni son premier printemps, ni ses premières négociations. Il les avait tous regardé sciemment avant de tenir dans les orbites sombres de leur chef (celui qui calmait les autres d’un geste de la main, et celui qui parlait le plus fort, beaucoup plus fort qu’Achille d’ailleurs). Il leur dit qu’il accéderait à leurs demandes à condition que la cargaison de pierre s’ébranle sur le chemin avant la brune du même jour.

Et nous sommes en ce jour, et la brune approche. Sur les branches basses d’un immense arbre mort à flanc de falaise, des corbeaux jactent comme pour imiter les renégociations des hommes. Achille attend, assis sur un bloc grossièrement découpé. Il savait que cette condition diviserait les carriers : personne ne tient à se mettre en route au crépuscule, surtout avec un convoi et sa marchandise, qu'importe sa valeur. La nuit tombe rapidement, la noirceur n'est pas une fidèle amie, et il vient à l'esprit toutes sortes de fabulations sur ce qu’apporte l'évanouissement du jour. Histoires terrifiantes ou pire, histoires réelles de pilleurs de grands chemins. Si près des montagnes, ce n'est jamais sûr: c'est là que les bandits aiment se cacher. Tout le monde le sait. Même les corbeaux - soudain, ils se taisent, et observent comme Achille les hommes qui semblent en être venu à une décision. Le vornois est persuadé que le bon sens des travailleurs est celui qui vient de l’emporter, qu'ils refuseront de se mettre en route avant demain et qu’ils pourront donc reparler de tout cela plus tard. Le temps épuise les convictions et la solidarité.

Le grand gaillard poussiéreux se plante devant lui ; ses bras sont des troncs noueux croisés sur son torse de buffle. Mais Achille se sent plus grand que lui, car il a confiance. Il garde le silence, et peut-être y a-t-il une pointe d’arrogance dans son air détendu. Le Chef carrier se fend d'un sourire caustique : « La cargaison part dès l’heure, et vous ferez le chemin avec nous. »

L’embarras ondoie sur les traits du plus jeune. Il se redresse un peu sur son bloc, la salive amère - Achille accepte d'un petit geste du menton, mais déjà une chaleur honteuse lui monte au front. Foutus carriers bornés. Le sourire du gros barbu se transforme en quelque chose de moqueur et de plus sincère, et il tourne les talons, laissant dans son dos le visage crispé du vornois.

Quelques minutes plus tard, le chariot de pierres s’éloigne de la carrière, tiré par deux robustes chevaux. Comme Achille, ils ont l’encolure basse. Le petit convoi se compose d’un homme pour les bêtes, d'un garde peu causant, de deux carriers qui ont à faire à Albatra, d’Achille et du gaillard.

« Viens voir ici. »

Le vornois contourne le chariot qui avance doucement pour regarder ce que le Maître carrier a dévoilé sous la lourde bâche de jute qui recouvre la cargaison. Au pied des pierres gît une épée qui n'a pas de fourreau ; c'est une arme assez vieille, d’après son aspect, et lourde. Mais la lame n'est pas émoussée, et elle reste redoutable dans les mains de qui sait la manier.

« C’est la vôtre ? »

Achille demande sans façon, mais ses yeux se relèvent prudemment. L’homme a gardé un éclat rieur dans le creux de ses pupilles, il contraste avec son faciès qui s’est paré d’un ton plus grave.

« On peut dire ça. Mais moi, je ne suis pas un homme d’armes, je sais manier le marteau et le piquet. Toi, par contre…
- Je suis bâtisseur, pas soldat. Je manie les mêmes outils que vous. »

Le ton du vornois est cassant. D’un geste légèrement agacé, il rabat la bâche sur la lame et observe au loin le ciel qui se pare d’orange et d’océan. Le buffle souffle comme un rire et bien qu’Achille s’efforce de l’ignorer en s’oubliant les yeux dans les teintes du paysage, le carrier continue.

« Mon cul, tu es Achille Tiercélys.
- Vous avez retenu mon nom, mes félicitations.
- J'ai retenu celui de ton frère aussi. »

Le vornois se tend. Il ne sait pas ce qui l’indispose le plus : d’entendre parler de son frère ou le timbre goguenard de son compagnon de voyage. Encouragé par son silence, l’autre étale joyeusement son savoir : « Willard Tiercélys. Il a gagné deux fois l’Épreuve de l’épée aux Jeux des affrontements. J’y vais tous les ans ! Maintenant, il fait partie de la garde ducale. Ils le connaissent bien, à Borderoc. »

Achille inspire profondément, puis lance un regard à la dérobé au grand gaillard, les yeux baissés sur son épaule.

« Qu’est-ce que ça peut bien vous faire que mon frère soit bon bretteur ?
- Si tu as ne serait-ce qu’un dixième de son talent, tu vas te servir de cette épée si jamais nous sommes attaqués. »

Ah, le sous-entendu fait mouche. Piqué, le vornois presse le pas pour regagner l’avant du convoi. Le carrier l’y suis, et fait, un peu plus brusque : « Tu crois que la menace n’est pas réelle ? Tu es aussi inconscient que mauvais négociateur.
- Je trouve que vous avez une façon bien étrange de vous adressez à l’homme qui verse vos salaires.
- Et moi je trouve que tu t’estimes un peu trop pour un simple bâtisseur.
- Maître Bâtisseur.
- Maître Carrier ! » que réplique sur le même ton le gaillard en ouvrant grand les bras pour se désigner.

Achille lui lance un regard mauvais, mais visiblement, il n’impressionne pas. Le carrier en a vu des plus coriaces, cela se sait.

« Tu t’occupes d’une poignée d’hommes sur des petits chantiers de pacotilles où tu construits des maisonnettes pour des riches idiots qui fourre leur lieutons dans de la maçonnerie ! Moi, je m’occupe  d’une centaine d’hommes dans l’une des plus belles carrières des Alles… Les gens seront toujours prêt à payer la pierre, et les salaires avec. Je vais m’adresser à toi de la façon qu’il me conviendra, parce que tu es jeune, suffisant et stupide. »

Achille sent la moutarde lui piquer le nez. Il est prêt à se retourner, à faire face à ce crétin de carrier bourru qui ne cesse de le descendre et de saper son autorité depuis qu’il est arrivé au campement, il va lui dire sa façon de penser, il va lui dire, jusqu’au moment où le garde, juché son cheval, s’étire le cou pour regarder au Nord et lâcher platement : « Hé les pactés, vous réglerez vos histoires d'amourettes plus tard. On a de la visite… »

La colère d’Achille tombe brutalement dans ses talons, et son coeur cogne. Dans un juron étouffé, le carrier disparaît à l’arrière train du convoi pour donner des ordres à ses deux hommes. Les chevaux s’excitent un peu, quelque chose flotte vers eux… mais Achille a beau plisser les paupières et scruter le bois, il ne discerne rien de plus que des branches entremêlées d’arbres sombres qui prennent de plus en plus des allures de personnages tordus, drapés par les illusions de la noirceur qui tombe sur eux.

Le garde tire son épée et flanque ses talons dans les flancs de sa monture. Avec fracas, les sabots du cheval éveillent la forêt qui l’avale aussitôt, lui et son cavalier.


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MessageSujet: Re: [20 ALLUNE 1100] Les régiments sans tête   Lun 23 Juil - 16:05

─ Feu de Maâl, des cailloux, t'es sérieux ? fait Raz, levant les bras vers le ciel pour invoquer toute l'étendue de son exaspération. On va risquer nos vies pour des foutus cailloux ?

Elle attire sur elle des regards agacés, mais elle semble n'en avoir que faire, alors qu'elle continue, encore et encore, à rabattre les oreilles de tout le groupe, mais surtout celles de Hakam. Une pointe de nervosité s’interprète dans ses gestes brusques alors que l’inébranlable colosse lui jette à peine un regard, un air impérieusement indifférent planant sur son visage balafré. Lui, il se contente de vérifier le cuir des attaches de son armement massif, serein, placide alors que la voix de Raz s'élève toujours plus dans les aiguës. Elle est presque hystérique maintenant, et la contenance de son chef ne semble guère l'apaiser, au contraire.

─ Arrête de te pisser dessus, Raz. Personne te force à y aller si t'as peur de te casser un ongle, grince Faol avec mauvaise humeur un peu plus loin, appuyée par un feulement menaçant de Danse-Velours. La griffière ne sait pas vraiment ce qu'il se passe, mais sent bien que sa protégée est en colère.

Raz lui envoie un regard assassin -mais recule prudemment. Elle se souvient de l'histoire que lui a raconté Elyas à son arrivée dans la bande, et sa petite mise en garde. Cherche pas de noises à la gamine, sauf si tu veux perdre un bras. Et essaye même pas de plaider ta cause, elle est là depuis infiniment plus longtemps que toi. Alors Raz marmonne, rumine et finalement se tait. Du coin de l’œil, Faol voit le regard de Hakam briller d'un amusement contenu, qui disparaît lorsqu'un éclaireur vient lui murmurer quelques mots. La croquemite grimace, faisant sur l'instant plus ou moins la même tête que sa malheureuse collègue de fortune. A vrai dire, elle la comprend, même si ça la tuerait de l'avouer. Cette mission est étrange. Elle a cependant apprit depuis longtemps à ne pas questionner les décisions de son chef. C'était grâce à lui qu'elle était en vie présentement, après tout. C'était un argument plutôt conséquent, trouvait-elle.

Danse-Velours s'éloigne en trottinant sous le regard nerveux des bandits, qui la suivent tous prudemment des yeux alors qu'elle disparaît entre les arbres de la petite forêt qui borde les montagnes frontalières. Hakam se redresse de toute sa hauteur, et le silence se fait instantanément dans le petit camp. Faol tend l'oreille.

─ On bouge, déclare-t-il simplement d'un ton bourru.

Aussitôt, la troupe est en effervescence. On ne questionne pas Hakam, on agit, et c'est tout. Les tentes se démontent, les feux se font piétiner avec une rigueur zélée. Bientôt, les traces de leur présence éphémère sont effacées, ne restant plus que de l'herbe aplatie et des traces de bottes. Les hommes agissent comme un seul, témoignant d'une efficacité acquise au fil des voyages, machinerie bien huilée. Ils sont une trentaine, et en moins de dix minutes, tout le monde est sur le départ. Des groupes se forment. Faol cherche Elyas des yeux, mais l'arnaqueur n'est pas en vue, alors elle hausse les épaules. Il réapparaîtra bien tôt ou tard. Hakam distribue les ordres, ferme et concis, sans un mot de trop. Juste ce qu'il faut pour être compris. Evidemment, Raz est positionnée sur la mission du jour. Un regard du gigantesque chef suffit à étouffer dans sa gorge la moindre protestation. Faol, quand à elle, ne cache pas son mécontentement lorsqu'elle est désignée pour la rejoindre, accompagnée de quatre autres malandrins aux allures variées. Hakam lui glisse quelques mots avant de les abandonner sur place, suivit par le reste de la bande.

─ La pierre ça brûle pas, tu sais ! crie-t-elle après lui, en réponse.
─ Débrouille toi, lance-t-il avec un mouvement nonchalant de la main, disparaissant à son tour entre les arbres.

Le silence se fit. Faol scruta la forêt, pensive, alors que les autres coupe-jarrets se regardaient dans le blanc des yeux. Les voilà qui étaient mandatés pour faire du sabotage. C'était nouveau ça. D'habitude ils prenaient et partaient. Net, précis, efficace. Il y avait des bavures des fois, mais en général les gens évitaient de faire les malins lorsqu'une lame était appuyée contre leur gorge. Aujourd'hui, on leur demandait de détruire à dessein. Pour quoi, par contre, Hakam s'était bien abstenu de lui dire, évidemment. Il n'avait pas de comptes à lui rendre, malgré les innombrables années qu'elle avait passé à ses côtés. Il représentait presque une figure paternelle, dans sa vie. Presque. Le petit groupe se met en route dans un silence tendu. Raz lui glisse des regards aiguisés, de temps à autres, ruminant sa colère, sa chevelure rousse irradiant autour d'elle comme la manifestation de sa fureur. Faol l'observe un instant avant de se focaliser sur le chemin de forêt qu'ils empruntent. Ils commencent à la connaitre, ça fait un moment qu'ils y errent. Jamais au même endroit. Ils se mouvent avec la grâce de ceux qui vivent dans la peur d'être capturer, avec l'agilité de ceux qui ont longtemps foulés des chemins qui n'étaient pas fait pour être traversés. Ils préparent le terrain, posent des pièges observent les alentours. Ils ont une heure et un objectif.

Puis vient l'attente.

Raz lance une partie de Nuée avec trois de leurs compères, le petit jeu de carte devenu très populaire au sein de leur groupe. Il semble à Faol qu'il a été apporté par Elyas, ce qui serait logique, étant donné que c'est lui qui rafle toujours les mises. Ou peut-être est-ce que parce qu'il triche. Résultat des courses : plus personne ne veut jouer avec lui, sauf parfois Hakam lui-même. La croquemite monte la garde avec le dernier luron, un gars à la peau sombre et au regard légèrement fuyant. Il n'est clairement pas taillé pour le combat au corps à corps, mais à en juger à l'arc de bonne facture qu'il porte dans son dos, il ne sera sans doute pas inutile. Faol ne tente pas d'ouvrir la conversation, elle se complaît bien trop dans son propre silence. L'autre doit sans doute penser pareil, car le temps coule comme du métal qu'on voudrait forger. Le soleil tourne, doucement, et tous se relèvent. Il était temps. Ils se fondent entre les arbres, véritables spectres dans la nature environnante, furtifs et rapides. Ils encerclent la route avoisinante sans un mot. Tous ici étaient expérimentés, sauf peut être l'homme à l'arc, qui prit grand soin de rester en retrait tout en grimpant avec une agilité relative dans un arbre proche. Faol se rapprocha de Raz, qui malgré sa mine sombre, conserva un silence presque sacré. Leur cible n'était pas excessivement dangereuse : des ouvriers, un garde. La croquemite ne prit pas la peine de se questionner sur la nature extrêmement précise des informations que lui avait fourni Hakam. Il allait sans dire que leur cible prioritaire serait l'homme d'arme.

─ On est repérés, siffla Raz alors qu'elle disparaissait déjà.

Faol se positionne bien en évidence, et le cavalier lui fonce dessus, lame sortie. Quel imbécile se lance au galop dans une forêt ? ricana-t-elle intérieurement alors que le cheval se prit les pattes dans un piège tendu au moment opportun, incapable de l'esquiver. Il chute lourdement et pousse un hennissement glaçant alors que le garde se jette de sa selle. Autant pour le côté discrétion. Il fit une roulade habile et tenta de saisir sa lame. La dague de Raz, pointée douloureusement sur son flanc, le dissuada rapidement. Sa monture se remit debout difficilement et s'ébroua, ruant légèrement avant de trottiner plus loin.

─ Bonjour toi, fit Raz d'un ton mielleux à l'homme d'arme, visiblement pas très rassuré.
─ Tu t'amuseras après, grogna Faol en se dirigeant vers la route, rapidement encadrée de deux autres hors-la-loi.

Ils se positionnèrent au milieu, impossible à louper, lames dégainées. Raz s'avança à son tour, tordant le bras du garde dans son dos alors que sa dague appuyait contre la peau tendre de son cou.

─ Je vous la fais courte, lance Faol d'un ton neutre, vous abandonnez tous vos objets de valeur et votre chargement, vous rentrez chez vous, et fin de l'histoire. On a pas forcément l'usage d'un cadavre. Après, fit-elle en retroussant ses lèvres dans un rictus menaçant qui dévoila ses dents pointus, si quelqu'un est volontaire...

Elle vit du coin de l’œil l'homme à sa gauche tressaillir à son insinuation croquemite. Une réaction de dégoût, sans nul doute. Son rictus s'accentua légèrement.
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MessageSujet: Re: [20 ALLUNE 1100] Les régiments sans tête   Jeu 26 Juil - 15:50

Les régiments sans tête / 20 Allune 1100

L’attente est longue, et porte l’arrière-goût âpre du métal. Achille demeure statique une poignée de secondes - sur son flanc, les deux bêtes de somme agitent les oreilles avec attention et flaire la dernière direction prise par le garde et son cheval. Le charretier fait de même, aussi muet que depuis leur départ de la carrière. C’est le hennissement plaintif de la monture disparue qui fait bouger le sculpteur. Il pâlit au cri de l’animal et cours rejoindre l’arrière du convoi, sentant là l’urgence comme si la plainte avait été une cloche funèbre ; les carriers sont déjà de retour à l’avant, marteaux et piquets comme armes de fortune dans les poings, et c’est avec un puissant sentiment de honte qui l’étrangle qu’Achille hésite à s’emparer de l’épée. Trois hommes qui ne savent pas se battre sont prêts à affronter l’ennemi avec des outils rouillés et lui, entraîné au combat, ne sait se résoudre à attraper une lame.

Mais ce n’est pas par manque de courage ; il a peur, c’est vrai, mais une chose étrange et intangible lui serre les poignets et lui bloque les coudes. Un pressentiment, dangereux peut-être, qui lui dicte que d’agripper l’épée à l’instant anéantirait leurs dernières chances de faire basculer la situation en pourparlers. Le vornois est fou, c’est sa deuxième théorie. Fou de croire qu’on discute sereinement avec des pilleurs de grands chemins, comme il a été fou de croire que leur trajet se ferait assurément sans encombres malgré moult avertissements. Comme il regrette son orgueil et la sécurité du campement, comme il regrette de ne pas avoir su s’écouter et écouter les autres - on ne l’y reprendra plus, qu’Achille pense amèrement, mais pendant qu’il pense et qu’il s’apitoie, il n’agit pas.

Effrayés par la brusque apparition de trois mécréants, les deux chevaux de traits tentent un écart malgré l’enclave de leurs harnachements. La charrette se retrouve de biais à la route, avec à son bord son conducteur qui semble plus agacé par l’agissement de ses bêtes que par la rousse qui sort des fossés avec une lame sous la gorge de leur garde. Le vornois les vois tous : celle qui fait otage et qui semble y prendre un malin plaisir, les deux hommes, la femme étrange aux yeux dorées… Elle parle, et pendant que les trois carriers resserrent leurs poings autour de leurs outils, Achille la dévisage comme une statue de cire : « Je vous la fais courte - vous abandonnez tous vos objets de valeur et votre chargement, vous rentrez chez vous, et fin de l'histoire. On a pas forcément l'usage d'un cadavre. Après… si quelqu'un est volontaire… »

Cette dentition a de l’effet sur un des ouvriers qui recule légèrement du talon et abaisse son bras armé. On s’en doute, le seul qui reste obstinément planté là avec une carrure de buffle, c’est le Maître carrier. Dans ses immenses paluches d’ours, sa lourde masse est elle aussi un objet de dissuasion - mais Achille sait par expérience que le sourire des femmes l’emportent souvent sur tout le reste, et visiblement, qu’importe le sourire. Malgré les tiges glacées qui lui poussent à l’arrière du crâne et ses mains devenues gourdes, le vornois se voit emprisonné d’un calme qui le dépasse. Pour un peu, il s’oublie ; il voit la vie de cet homme tenue en joue par la pointe d’une dague, et il s’oublie. Il voit les ouvriers prêts à lutter et à mourir aussi, et il s’oublie. La responsabilité le cloue à une inébranlable stabilité dont-il ne connaît ni la source, ni le fond.

Achille a déjà été témoin de la croquemitie. Il se perd dans ce rictus mauvais et y voit un souvenir. Il a sept ans, il est à Borderoc ; son père les a laissé, lui et sa grande soeur, sur la place d’une foire après que Margann ai supplié de leur laisser regarder ce qui allait sortir de cette caravane de spectacle. Tout est peint de couleurs vives. Et le bruit, couplé de la chaleur suffocante de l’été, des relents de la capitale et de l’autorité écrasante de sa soeur qui le traîne de force jusqu’à l’avant de la foule, ont bientôt fait de lui donner la nausée. Un animateur excite les gens, leur promet, avec emphase et grands moulinets de bras, les pires horreurs et curiosités humaines de toute la Terre des Trois-lieux ! Achille se souvient du profond malaise lui retournant le ventre, l’obligeant à baisser les yeux, à voir, au bout de ses bottes, la poussière du sol danser avec tristesse sous la lumière aveuglante du soleil. Contrit, la tête baissé, il observe néanmoins les personnes étranges qui se succèdent à l’intérieur du demi cercle, qui font hurler les enfants d’excitation et qui font murmurer les adultes, avant de regagner l’intérieur de la caravane. Une naine, qui se dandine et qui fait rire. Un homme très grand et à la peau presque grise, qui peut se plier le corps dans tous les sens. Une femme hideuse avec les cheveux si longs qu’ils traînent au sol… Le foule échaudée la hue, ils veulent plus, tout ceci n’est pas réellement effrayant.

Achille se souvient aussi de demander à sa soeur de partir. Mais elle lui sert le bras et le secoue, agacé, pour qu’il se taise. Margann a toujours aimé être impressionné, et impressionner les autres à son tour. L’animateur sourit avec indulgence, calme la foule et les impatiente à la fois, dans une routine bien rodée. Quand il annonce enfin le plus beau morceau de sa collection, le plus ignoble et le plus dangereux, tout le monde retient son souffle et trépigne joyeusement. Et quand finalement l’homme passe les tentures violacées de la caravane, l’attroupement pousse un chuchotement de stupéfaction.

Il est haut, un peu replié sur lui-même, comme si le vent l’avait tordu et qu’il ne s’en était jamais remis. ce sont ses jambes qui lui procurent de la hauteur et ses bras, anormalement longs, vont jusqu’à pendre près de ses genoux caleux. Dans ses mains noueuses, il tient un coeur - un coeur de femme, que clame l’animateur avec grandiloquence pour choquer toutes ces bonnes gens qui ne demande qu’à être heurtés. Le coeur est énorme, c’est plutôt celui d’un boeuf, mais à quoi bon… on veut y croire, on veut détester ce croquemite. Ses yeux jeunes fixent la foule qui aussitôt se met à scander des insultes. Achille est sans voix ; c’est la poigne solide de sa soeur qui l’empêche de pleurer. L’homme attend que les airs scandalisés enflent suffisamment puis d’un geste lent, il approche le coeur de ses lèvres, et avec ses dents pointues, y croque à pleine bouche.

Tout le monde cri. Achille est paralysé. Il a l’impression que les orbites incandescents du croquemite se sont arrêtés sur lui, qu’il le fixe, la gueule dégoulinante de chair et de sang. Il est peut-être trop jeune pour comprendre ce qu’il y voit, mais cette impression lui coule tout de même dans le creux du ventre comme une vérité tenace ; cet homme est malheureux. Derrière l’éclat amusé que profèrent ses yeux jaunes et sa mine provocatrice qui cherche les aigus dans les cris des spectateurs, une noirceur danse. Une ombre qui ne lui appartient pas, de la cendre que les autres lui ont accolée à la peau, que les autres ont fabriquée, et que les autres maintiennent. D’un geste brusque, Achille se défait de l’entrave de sa soeur qui, trop surprise pour le retenir, le laisse fuir à travers le troupeau de citoyens indignés.

Ici, sur la route, à la tombée du jour, personne ne hurle. Personne ne demande un spectacle. Le garde, le bras retenu derrière son dos et le cou relevé, ne demande qu’à ce que la représentation s’arrête. Le vornois attrape à la dérobée le regard du Maître carrier qui a tourné la tête vers lui ; il semble l’implorer d'empoigner cette épée et de venir les épauler. Achille revient sur la femme étrange en déglutissant et, ignorant l’appel silencieux du grand baraqué, s’avance d’un pas égal vers l’avant du convoi en oubliant précisément de s’armer. Il pressent que la personne qui souhaite le plus l’assassiner dans ces bois, c’est bien le carrier.

« Je dois emmener ces hommes et ces pierres à Albatra » qu’il commence d’une voix ferme et assurée. Il se surprend lui-même, et s’empresse donc aussitôt de continuer sur cette lancée qui lui semble être la bonne. « Cette cargaison ne vous sera pas utile : prenez plutôt les chevaux, vous pourriez en faire bon usage ou même les revendre… »

À ces mots, la fringante monture du garde resurgit en trottinant sur la route, légèrement en aval. Achille sent sa gorge se coincer sous l’appréhension. D’un geste du menton, il désigne le cheval et évite les œillades incendiaires de ses camarades, surtout celles du garde qui semble douter de l’issu de cette petite négociation alors que le tranchant de la lame s’impatiente d’embrasser la peau tendre de son cou. Mais le vornois sent qu’il ne peut pas céder à la panique - d’ailleurs, plus il parle et plus il prend de l'assurance.

« Cette bête là, elle vaut beaucoup plus à elle seule que les deux autres. Prenez-là aussi. »

Et c’est tout. Il ne propose rien d’autre, ni les armes de fortunes, ni les lieutons qu’il porte dans sa bourse, cachée dans les plis de ses vêtements. Sans paraître défiant, il observe pourtant la croquemite d’un air solide ; il aurait pu porter son attention sur la rousse, celle avec qui il aurait pu penser devoir négocier. Après tout, c’est elle qui menace de saigner le garde comme un goret. Mais Achille sent que c’est avec l’autre femme qu’il faut traiter. Elle qui se tient au milieu, elle qui parle, elle qui, des trois autres, se tient le plus droite…

Comme le reste des hommes, il attend désormais une réaction. Et déjà il doute… Aujourd’hui, il a prouvé aux carriers qu’il est un bien piètre diplomate. Resté sur cette impression, le Maître carrier ne semble pas approuver une seule seconde sa proposition, mais il s’en tient à ses pensées. Achille remercie intérieurement, mais il ne se fait pas trop d’illusions ; si ces coupe-jarrets font mine d’attaquer, les carriers enverront promener ses méthodes de marchandage et fonceront tête baissées, anéantissant automatiquement leurs chances d’arriver à une entente.

Achille ne veut pas en arriver là. Il fixe la croquemite avec intensité, tient la braise de ses iris pâles, et s’en remet à la logique du pillage… car s’ils voulaient un bain de sang, il ne serait déjà plus en état de discuter.


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