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 [26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince

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Je suis : Valérian Hautiare,
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Valérian Hautiare

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Vorpatril by kir-tat / Laurent of Vere by JP Illust & KK / Roroei

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État éveillé

Informations sur le personnage :
Le Prince Célestin
➔ 24 ans, 1m78, 65kg, cheveux blond, yeux vert
➔ troisième don : intangibilité
➔ porte une chevalière en or blanc sertie d'une émeraude frappée de la grenouille marloise à l'auriculaire gauche
➔ rêveur, bienveillant, tolérant, timide, artiste, manque d'autorité, trop émotif, politicien inavoué, stratège sous-estimé mais surtout apprenti roi
➔ est le maitre d'Henri, vieux hongre et de Céleste, jeune drakalone

a eu une réussite pour la transcendance qui sera ultérieurement mit en scène en RP

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[26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince Sceau13“La véritable noblesse consiste non pas à être supérieur
à un autre homme, mais à ce qu'on était auparavant.”

MessageSujet: [26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince   [26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince EmptyLun 24 Sep - 17:56

 

Conte d'un Prince.

- 26 Allune 1090, Albatra, salon privé du Prince Valérian -


[26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince Lettre10
- cliquez  dessus pour agrandir l'image -

Il avait gardé un moment sa plume en suspend au dessus du parchemin, si bien que l'encre avait faillit y faire une tache mais il avait finalement écrit ces derniers mots. « Héritier », quelle gageure... ! A ce jour il savait qu'il n'en était pas digne mais il espérait vraiment l'être dans les années à venir... L'écrire ainsi faisait alors fois, en quelque sorte, de son engagement.

L'écriture était un peu penchée mais au moins, elle était lisible. Le Prince avait fait un énorme effort pour que son écriture d'ordinaire brouillonne, percluse de taches et de bavures soit la plus belle possible. A dire la vérité il avait réalisé plusieurs brouillons, jusqu'à ce que ses mots reflètent exactement sa pensée, puis il avait passé plusieurs heures à correctement le recopier. Faisant de longues pauses pour être bien sûr que l'encre soit sèche et qu'il ne fasse pas de bavure avec sa manche. Écrire avec une plume en étant gaucher n'était pas un exercice facile, bien loin s'en faut...

Il relu le vélin, y apposa son sceau et sa signature qui, d'un trait de si nombreuses fois réalisé trahissait son écriture naturellement brouillonne. Il s'assura que l'encre soit bien sèche puis le roula, le scellant d'un de ses rubans vert qu'il a toujours en quantité sur son bureau et fit quérir un serviteur pour le faire porter à sa mère, la reine Arianne Hautiare, avant d'attraper la figurine de bois qui trônait toujours sur son bureau.

Les yeux dans le vide, son esprit voltigeant déjà à l'idée de l'aventure qu'il allait bientôt vivre. Il tripotait le petit cheval dont certain détails avaient déjà disparu avec le temps et sa vieille manie de jouer avec à chaque rêverie ou inquiétude.

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MessageSujet: [QUÊTE] Souvenir de l'éveil ~ [4 BELLUNE 1090] L'Eveil d'un Prince   [26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince EmptyDim 7 Oct - 23:24

 

L’Éveil d'un Prince
3 ~ 8 Bellune 1090 - sur la route de l'Arche de Passage

L'aurore pointait à peine lorsque le carrosse princier c'était mit en route en ce troisième matin de voyage. Le rideau de l'ouverture légèrement tiré, Valérian regardait la route défiler devant ses yeux vert d'eau. Confortablement assit sur la banquette de cuir molletonné, son akathisie se manifestait en ce jour plus que jamais alors qu'il était obligé de rester assit. Et la décoction tonifiante donnée par maître Ceadan n'influait en rien sur son état d’excitante appréhension...

Plusieurs jours étaient passés depuis sa lettre à sa mère mais pourtant il avait reçu sa réponse le jour même. Elle avait été un catégorique « non », ferme et quelque part puissant alors que sa mère la Reine était entrée comme un drakalon qui freine en fin de course dans son bureau, lançant un simple mais tranchant « non » qui avait fait frémir le prince de frayeur. Et elle était repartie tout aussi vite, sans même spécifier à son fils pourquoi elle lui disait non mais le Prince, aussi timoré qu'il était n'était pas non plus un imbécile né de la dernière pluie. Se fut donc la mort dans l'âme qu'il s'était plié à la volonté royale et avait entreprit de préparer son voyage avec l'aide d'Ava, sa nourrice.

Il n'avait fait la connaissance de ses cinq gardes, ses deux laquais et son cocher que le matin où il était parti. Il eut le plaisir, malgré ses joues rougissantes à la vue de tous ces inconnus, de reconnaître Bérard, un des gardes souvent affecté à la surveillance de l'aile princière du palais. Il ne lui avait jamais vraiment parlé mais son regard d'un bleu tendre l'avait toujours rassuré lorsqu'il traversait les longs couloirs froids de ses appartements. Mais la présence d'Ava était suffisante à apaiser son inquiétude et il s'était installé dans le carrosse affaîté pour le voyage de quatre jours aller puis quatre jours retour dont les provisions pouvaient sustenter dix personnes et sept chevaux. A la déception de Valérian, Henri, son jeune hongre n'avait pas été autorisé à faire parti du voyage, même monté par un garde. Le jeune cheval était encore trop fougueux pour se plier à l’endurance d'un si long périple. Une nouvelle interdiction de la reine, ne voulant en aucun cas que ce périple tourne au fiasco, ne voulant surtout pas entacher la déjà frêle renommée du petit prince si banal... Bien qu'en son fort intérieur Valérian espérait plus simplement qu'elle ne voulait pas qu'il soit blessé, sachant pertinemment que si elle autorisait son fils à emmener son cheval il ne résisterait pas à le monter, ce qui pouvait encourir une catastrophe...

Oui, il l'espérait fortement...

Ses pupilles suivaient le mouvements des arbres et paysages dont la teinte rosée de l'aube devenait de plus en plus bleu, qui défilaient au rythme de la calèche. Il se rapprochait un peu plus de son but... Il n'était qu'à quelques heures de l'Arche. Le voyage s'était très bien déroulé jusque là, ils s'étaient arrêtés dans deux auberges, expressément choisies par la reine, et vidée de tout autre client, moyennant une belle bourse bien pleine pour les tenanciers, où il avait festoyé tous les soir. Enfin, « festoyer » était un bien grand mot. De plus en plus anxieux et impatient, Valérian, comme tout enfant faisant son pèlerinage, n'avait faim que de passer sous l'Arche. Il était prévu qu'ils campent au pied de l'Arche le soir même, pour être le premier à y passer dès que le 4ème jour de Bellune aura commencé, mais aussi pour mettre en place un cordeau de sécurité, visant à  séparer le prince des autres enfants, nés le même jour que lui, qui ne manqueront pas à passer eux aussi sous l'Arche.

Valérian déplorait vraiment cette contrainte, ayant largement préférer se mêler à la populace, pouvant ainsi faire tomber la couronne, l'espace de quelques heures, et n'être qu'un enfant parmi tant d'autre... Mais il était le prince et il devra s'y plier, cette coercition n'étant que la première de sa vie d'adulte qui se profilait... Ne lui manquait plus que cette pierre rouge...

La pause déjeuner fut frugale, en tout cas pour le prince, et la carrosse reparti cahin-caha sur la route qui peu à peu se transformait en chemin caillouteux alors que la forêt de l'Arche se profilait à l'horizon. Alors qu'il regardait toujours par l'ouverture de la portière, tenant le rideau entre ses doigts pour se protéger du vent qui s'engouffrait dans l'habitacle, il n'essayait même plus de contrôler l'incessant mouvement de ses jambes tremblotantes qui trépignaient d'impatience depuis le début du voyage... Il aurait donné n'importe quoi pour avoir eu le droit de faire son pèlerinage à pied... Mais la Reine avait dit « non » et Valérian se retrouvait seul avec ses pensées... Remords, regrets et inquiétudes qui le submergeait de plus en plus à l'approche de cet Arche qu'il ne pouvait qu'imaginer.

Le Prince, rêveur et curieux, savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir sur l'Arche. Il s'était renseigné auprès de toutes celles et ceux a qui il osait adresser la parole, posant toutes les questions qu'il avait eut à l'esprit. Et la réponse à l'une d'entre elle lui avait glacé le sang. Secouant la tête à cette fugace mais effrayante pensée, Valérian se concentra sur la piètre mais néanmoins juste idée qu'il avait de lui-même. Il avait beau avoir une couronne royale sur la tête il était conscient qu'il n'était qu'un enfant parmi tant d'autre et que la mansuétude de Naâme lui permettra de ressortir de l'Arche grandit.

Oui, Valérian se raccrochait à cet frêle optimisme : il ne restera pas coincé dans l'Arche et en ressortira avec la ferme intention de faire honneur à ce cadeau de Naâme et le mettra à profit pour rendre sa mère fière de lui...

Tout à ses réflexions qu'il était, il ne s'était même pas rendu compte qu'ils étaient arrivés au pied de l'arche et que ses laquais et le cocher s'évertuaient à monter un bivouaque le plus confortable possible. Le carrosse s'était transformé en chambre à coucher grâce à un ingénieux système de planches qui permit d'installer un matelas de plume pour la nuit du prince. Il n'avait pas non plus vu les cinq gardes, se mettre en cercle autour du campement, créant ainsi un périmètre de sécurité alors qu'une dizaine d'autres enfants et leur accompagnateurs étaient eux aussi arrivés à l'Arche. Pourtant, Valérian était descendu du carrosse au moment même où le cocher avait crié le « héla ! » qui avait arrêté les chevaux. Instinctivement, il s'était rendu au pied de l'Arche et son regard enfantin avait détaillé la mystique voûte de pierre entrelacée par les lianes, racines et autre marque du temps.

Comme figé dans cette contemplation, il sursauta brusquement alors qu'une sauterelle avait atterri sur sa main. Coupé dans ses pensées, il leva lentement sa main et se mit à regarder l'animal. D'environ trois centimètres, d'un beau vert tendre, plus vif que ses prunelles, il scrutait attentivement les détails de cet insecte qu'il n'avait jusqu'à présent pas véritablement observé. Il en avait vu, et même des dizaines, mais ne s'était jamais aventuré à en regarder une d'aussi près. Il resta ainsi de longue minutes, la petite bête appréciant apparemment d'être ainsi juchée sur sa main alors qu'elle avait entreprit de se nettoyer avec ses longues pattes. Il ne sorti de cette contemplation que lorsqu'Ava l’appela pour se sustenter. La nuit arriva ensuite rapidement et le jeune prince alla se coucher dans sa chambre de fortune.

Bien vite, les bruits s'atténuèrent autour de lui, les autres pèlerins s'étant eux aussi couchés. Il n'entendait plus que les feux qui crépitaient et les ronflements de certains. Il savait qu'au moins un garde était resté éveillé, assurant la sécurité de l'attroupement. Les minutes s’égrenaient et avec elles montait en lui l'attirance alchimique pour l'Arche. Se fut sans en avoir véritablement conscience qu'il se redressa sur sa couche, renfila ses chausses et passa rapidement sa pelisse avant de sortir du carrosse, veillant à faire le moins de bruit possible.

Passant la tête par l'entrebâillement, il regarda autour de lui et vit que les deux gardes en surveillance lui tournaient le dos. Se fut avec une instinctive poussée d'adrénaline qu'il fila alors à toute vitesse au pied de l'Arche et passa dessous.

Il n'y avait aucun témoin, l'Arche avait engloutit le jeune garçon alors que sonnait la première seconde du quatrième jour de Bellune 1090, en cette fraîche nuit de printemps...

***

- Le prince ?! Où est le prince... ! Valérian ! VALERIAAAAAAN !!!! hurlait, le visage transfiguré par les larmes et l'angoisse de la nourrice qui courait dans tous les sens, réveillant toutes les personnes autour d'elle alors que la premières lueurs du jour pointaient

Mais son angoisse retomba d'un seul coup, se transformant en une colère noire alors qu'une frêle voix tinta à ses oreilles. Elle avait reconnu la douce voix du prince et se retînt de justesse de ne pas lui assener une gifle d'inquiétude.

- Je suis là Ava...

Il venait de ressortir de l'Arche, autour de son cou miroitait la scintillant pierre vermeille.

- J'ai eu ma pierre... reprit la fluette voix J'ai vu Naâme...!

Effarée de stupeur colérique, Ava fixait son petit protégé de prince dont les yeux brillaient de félicité, ravissement, d'un bonheur non feint qui suintait tellement que la acrimonie d'Ava ne put que céder face à cette merveilleuse vision. Jamais elle n'avait vu le prince aussi souriant, aussi heureux, dut-elle se rendre à l'évidence...

- Je suis entré dans mon bureau, continua le prince en fixant sa nourrice de son regard naïf au début j'ai cru que j'étais retourné au palais, que j'avais échoué, que je n'aurais pas ma pierre et que je resterais à tout jamais prisonnier mais c'était différent de mon cabinet. dit-il tout en marchant vers Ava qui tremblait encore Tout était à sa place, ma figurine de cheval sur mon bureau, mes livres, mes écrits, toutes mes affaires étaient là mais elles baignaient dans une lueur dorée, pas du tout la lumière habituelle, tout était chatoyant, brillant, il y avait des reflets arc-en-ciel, les couleurs étaient plus vives, bien plus chaudes... Et en avançant je l'ai vu.

Sa nourrice l'avait pris tendrement par les épaules, le guidant dans sa marche alors qu'elle sentait sa fièvre. Jamais encore elle ne l'avait entendu parler aussi émerveillé, aussi enthousiaste...

- C'était Naâme, Ava, j'en suis sûr... ! Il était là, il m'attendait, assit dans mon fauteuil molletonné, il me regardait, il avait l'apparence d'un vieil homme sage, comme ceux des contes, qui guident les héros dans leur périple... Au début j'ai eu peur, j'ai cru qu'il allait m'emporter au loin mais il m'a sourit et m'a souhaité la bienvenue. il se laissa installer sur le matelas encore en place dans le carrosse tandis qu'il continuait de parler avec cette fièvre qui semblait l'envahir de plus en plus Je lui ai demandé qui il était mais il ne m'a pas répondu ! Il m'a dit qu'il avait lu mes écrits, en m'attendant, et il m'a demandé de lui raconter... une étincelle éclaira un peu plus son regard alors qu'il fixait les yeux d'Ava Alors je lui ai dit... Je lui ai expliqué mon projet, mes chroniques, il m'a posé des questions, il était attentif, doux, souriant. Tout était si simple, si facile... Et puis il m'a demandé ce que j'aimais d'autre. Je lui ai parlé d'Henri, de la musique, des conseils royaux auxquels j'ai assisté en cachette... Je lui ai dit que je voulais être à la hauteur des attentes de ma mère, que je voulais être digne de sa couronne, que je veillerais à devenir un roi juste, un roi bon. Je lui ai raconté mes peurs, mes angoisses, je lui ai parlé de mes doutes, du désir le plus fort que je n'ai jamais eu... Il m'a répondu qu'il n'avait jamais rencontré ma mère mais qu'il ne doutait pas un seul instant qu'un jour, elle serait fière de moi et que quand viendrait l'heure de me passer le relais elle le fera avec plaisir et sans doute aucun... Et puis il m'a donné ma pierre et m'a raccompagné à la sortie. En ouvrant la porte j'ai vu le couloir qui menait à ma chambre et j'ai presque de nouveau eu peur mais, en le passant, c'est toi que j'ai vue, dans la forêt... Je suis si heureux Ava, tellement heureux...!
- Oooooh, mon tendre amour...
ne put-elle s'empêcher de lâcher, prenant Valérian contre son sein, se laissant aller au tutoiement intime, sans même sécher les larmes perlant aux coins de ses yeux

Se mettant à bercer doucement le prince, comme elle le faisait lorsqu'il était plus jeune, elle se mit à fredonner une comptine qui ne fit qu'accentuer le bien être dans lequel se trouvait Valérian en cet instant.

La colère était passée, la joie avait éclatée, l'inquiétude et l'angoisse n'étaient plus que lointains souvenirs pour la nourrice et son protéger qui était en train de s'endormir contre elle alors qu'il n'avait pas dormit de la nuit...

Ava se souviendra toute sa vie de ce moment alors qu'elle n'avait jamais entendu le Prince parler aussi longuement et avec autant de verve. En son fort intérieur elle priait secrètement Naâme qu'il lui donne cette nouvelle vaillance pour le reste de sa vie et elle ne doutait pas un seul instant qu'il serait un jour un grand roi...

***

Lorsqu'il furent rentrés à Albatra, le Prince avait filé à toutes jambes jusqu'à son bureau.

Le retrouver, dans son plus simple appareil, sans la magie qu'il avait vue à l’œuvre sous l'Arche, lui parut étrange de prime abord mais ce ressenti fut bien vite englouti par la ferveur d'écriture dont était soudainement submergé Valérian. Attrapant plume, encrier et vélin, il se mit à consigner avec rapidité tout ce qu'il venait de vivre. Son écriture brouillonne de gaucher ne permettait pas une relecture par quiconque d'autre que le prince lui-même mais là n'était pas temps aux fioritures.

Il devait a tout pris transcrire ses émotions avant qu'elles ne s'évanouissent...
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Image de l'Arche par JJcanvas
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MessageSujet: [QUÊTE] Que Naâme vous protège ~ [30 bellune 1090] La déchéance d'un Prince   [26 Allune ~ 30 Bellune 1090] Conte d'un Prince EmptyDim 6 Jan - 17:29

 

La déchéance d'un Prince
9 ~ 30 BELLUNE 1090 - au palais royal, Albatra

La journée du Prince avait superbement débutée. Une rayon de soleil l'avait doucement réveillé et il avait déjeuné d’œufs et de lard accompagnés d'une tasse de thé fumant et de fromage frais. Celui au lait de brebis était de loin son préféré, sa gourmandise suprême consistant en y trempant d'épais morceaux de pain qu'il mangeait avec les doigts sans se soucier le moins du monde de la bienséance. Après tout, il déjeunait seul, tranquillement installé dans sa chambre face à la fenêtre où il pouvait observer son orme chéri. La floraison n'était pas tout à fait terminée et les glomérules rouges étaient encore éparses, ça et à, sur les hautes branches.

Petit-déjeuné prit, il s'était rapidement habillé et s'était rendu à son étude où l'attendait son précepteur de mathématiques. L'algèbre et la géométrie n'avait jamais été ses matières de prédilection, bien loin s'en faut, mais aujourd'hui, empli d'une allégresse qu'il n'avait encore jamais connue, il se montra plus attentif que jamais. A aucun moment son esprit ne s'égara et se ne fut qu'après la leçon et plusieurs exercices plutôt réussis qu'il se laissa aller à quelques instants de rêveries.

Dans sa chair il ressentait toujours la liesse qui l'avait pris depuis son passage sous l'Arche, déjà cinq jours auparavant. Pourtant une question le taraudait et prenait de plus en plus de place dans son esprit onirique.

Quel était donc son troisième don... ? Et dans quelles genre de situations s'activerait-il... ?

Le prince savait, par acquis et comme tout un chacun du Royaume des Trois-Lieux que les deux premiers pouvoirs inhérents à leur pierre de vie étaient la capacité de soin et l'accroissement des capacités physiques. Autant il n'était franchement pas avide d'être en situation où il aurait besoin de l'activation basique de son Advictâme, autant il sentait de plus en plus les picotements de la curiosité concernant son don particulier...

Aurait-il le même que sa mère ? Que son père ou son frère... ? Si Sélène avait vécu, auraient-ils partagé ce lien... ? Et si son don était quelque chose de tant singulier que puissant, comment serait-il accueillit par sa mère... ? Serait-elle fière ? Serait-elle agacée ? Serait-elle... Dédaigneuse comme souvent à propos de son fils désormais unique... ?

Au fil des jours, cette question le tarauda de plus en plus, laissant finalement de côté celle qui en avait été le commencement. Connaître son troisième don était une chose, mais finalement la réaction de la Reine sa Mère était un fait bien plus important aux yeux du jeune prince que tout autre chose.

Jamais encore il n'avait vu briller fierté ou tout simplement amour maternel dans les yeux de celle qui l'avait mis au monde. Et ce besoin, cette puissante envie qu'avait le prince de voir ne serait-ce qu'une once d'intérêt à son égard dans le regard royal, était de plus en plus fort. Était-ce le fait d'être passé sous l'Arche ? Était-ce parce que recevoir sa pierre avait fait de lui un homme et qu'il n'était plus un petit garçon ? Était-ce justement son propre désir de devenir un adulte, mais aussi à cause, ou grâce, aux paroles prononcées par Naâme (il n'en démordait pas, il restait persuadé que c'était lui qu'il avait vu sous l'Arche) qu'il désirait à ce jour plus que tout au monde, briller dans le regard de sa mère...

Cela faisait désormais quasiment un mois qu'il était revenu de son pèlerinage et son bien être n'avait pas cessé. Certes la ferveur qu'il avait ressenti au début, et son inclinaison au travail avait elle bien descendue, pour revenir à ce qu'elle avait toujours été (c'est à dire : bien travailler ses matières préférées mais trimer au labeur pour les autres), mais sa joie de vivre elle était toujours contagieuse et mettait en liesse servants et gens qui s'occupaient de lui au quotidien.

C'est donc plein d'une ardeur non feinte qu'il avait décrété, en cette tendre matinée du 30 Bellune, aller rendre visite à sa chère mère qu'il n'avait fait que croiser rapidement depuis son retour de l'Arche de passage (et se soustraire allègrement et sans mésaise à ses études du matin). Il voulait lui parler sincèrement, lui annoncer de vive voix qu'à présent qu'il était un homme, qu'il était protégé de sa pierre de vie, il allait mettre tout son potentiel en action et qu'il ferait en sorte qu'elle puisse être fière de son fils.

Bien mal lui en pris...

Elle était occupée. Il est vrai que c'était une matinée consacrée au conseil royal et qu'elle ne se laissait distraire pas rien d'autre qu'une urgentissime urgence. Alors il avait attendu, comme l'obéissant fils qu'il avait décidé d'être désormais qu'il était devenu adulte. Puis, elle était allée déjeuner, laissant enfin champ libre au prince. Mais Valérian fut coiffé au poteau par un messager qui lui était tout simplement passé devant, sans même un regard (à croire qu'il était devenu invisible) alors qu'il se tenait à moins d'un mètre de la reine et qu'il avait ouvert la bouche pour la saluer. Pourtant, il était sûr que elle, elle l'avait vu... Leurs yeux s'étaient croisés, rapidement, mais assez longtemps pour que Valérian sente peser sur lui son regard intransigeant... Mais le message délivré par le héraut était bien plus important que son fils et elle l'avait donc planté là, ainsi que son assiette à peine entamée, repartant à vive allure vers la salle du conseil, sans un regard au prince. Sans réfléchir il s'était mis à la suivre, un soupçon d'adrénaline ayant parcouru son corps, mais c'est sans compter sur les gardes devant la salle du conseil qui avaient croisés leurs hallebardes au nez du prince qui faillit rentrer dedans. Ses émotions étant visibles comme un livre ouvert, il darda un sourcil froncé et un œil courroucé aux gardes qui ne bougèrent pas d'un poil. Mais rien ne lui donna cependant la force de parler, sa timidité maladive étant à ce point toute-puissante... Alors il était resté planté là, coi, debout face à ces cerbères qui ne décroisèrent pas leur hautes armes, même alors que le prince s'était reculé pour s'asseoir sur le banc d'attente des invités. Au bout d'une heure, il s'était finalement levé, faisant mine de partir alors qu'en réalité il s'éloignait pour mieux revenir, voulant savoir ce qui était s important pour retenir sa mère, et s'était donc glissé par le passage secret, qu'il avait découvert déjà quelques années auparavant, qui lui permettait d'assister aux conseils tout en restant caché au nez et à la vue de tous. Mais il avait toujours eut besoin d'un grand renfort de courage pour le faire, aujourd'hui étant un jour avec, il eut un nouveau regain d'adrénaline et se faufila donc derrière la haute statue qui cachait l'entrée du passage. Une fois l'étroit escalier en colimaçon monté, il se retrouva dans l'espèce de nid de coucou qui lui permettait de surplomber la salle, de voir et d'entendre tout ce qu'il s'y passait. Mais il ne fallait pas qu'il se penche trop, au risque de basculer et de se briser l'échine, ou pire, être vu... Pourtant c'est sans y penser qu'il se pencha plus que d'ordinaire, se tordant légèrement la nuque pour observer l'immense pièce dans ses moindres recoins, les mains bien agrippées à la fine balustrade de pierre. Se fut ce qui signa sa perte.

Tandis qu'il se redressait, ayant vu tout ce qu'il avait à voir et alors prêt à écouter ce qu'il avait à entendre, il croisa son regard.

Aussi bleu que le sien était vert, aussi sévère que le sien était amical, aussi colérique que le sien s'était mut apeuré, transit, pétrifié, frigorifié...

Son cœur se mit à battre à ton rompre et se fut sans attendre une seconde de plus qu'il dévala l'escalier et couru à perdre haleine jusqu'à ses quartiers. Mais il n'eut que le temps de refermer sa porte et d'ouvrir ses couvertures, avec la ferme intention de s'y pelotonner, que la dite porte se rouvrait, avec force et fracas, tapant sur le pan de mur, pour laisser entre une reine furibonde.

Valérian ne sut pas véritablement ce qu'elle lui dit, outre qu'elle était dans une colère noire et ce, à son encontre... Son cœur battant plus fort et plus rapidement que jamais faisait affluer le sang qui bourdonnait à ses oreilles si vivement qu'il était tout bonnement incapable d'entendre, quand bien même avait-il fait l'effort d'écouter... Figé comme une statue de sel il avait senti les couleurs et la chaleur fuir son visage, puis ses membres, se réfugiant avec violence autour de son cœur, augmentant encore sa vitesse, submergeant le prince d'une sensation jusque là inconnue : celle d'une incommensurable angoisse et de l'impression d'imploser.

Oubliée la question de la nature de son Advictâme. Envolée ses bonnes résolutions à peine entamées... En cet instant même il n'était capable que de respirer, fortement, rapidement, tous ses muscles crispés dans l'unique but de ne pas le laisser s'effondrer.

Il ne sut comment il avait fait pour rester debout, il ne compris pas où il avait trouvé la force de soutenir le regard céleste, il ne senti pas le temps passer ni à quel moment Ariane était repartie mais, lorsque enfin le calme fit son retour en lui il était sûr d'une chose...

Ce que lui avait dit le vieil homme, les encouragements prodigués, l'écoute attentive qui lui avait insufflé tant d'ardeur n'étaient que le produit de son imagination. Il n'était pas Naâme, il n'était pas réel. Certes sa pierre l'était mais son passage sous l'Arche n'était que le pitoyable rêve éveillé d'un garçon qui avait la tête bien trop faible et défaillante pour la couronne qu'il devait porter...

Il n'était qu'un insignifiant petit garçon qui ne serait jamais à la hauteur des attentes qui lui incombaient...
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Photo de château par françoisdu76
Hors Jeu : ce texte a été rédigé avec en amont un lancé de dé pour le 3ème don d'éveillé qui a lamentablement foiré, afin de répondre à l'objectif de la Quête : Que Naâme vous protège (ce traitre...! xD)
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